Hong Kong : la fin du voyage

Hong Kong : la fin du voyage

Cher Journal,

Après avoir quitté le Cambodge et visité l’aéroport de Bangkok pour la 8ème fois, je dis au revoir à La Copine J. après l’annulation de mon vol pour Hong Kong. Alors que nous attendions sagement que mon comptoir de check in soit annoncé sur les écrans, nous découvrons la mention CANCELLED face à mon numéro de vol. Il n’est que 17h et mon avion est prévu pour 20h30. Je vais donc me renseigner auprès de la compagnie afin de savoir ce qu’il se passe. Un jeune homme m’annonce que le vol est effectivement annulé, et qu’un autre nous est proposé à 2h. Je lui fais répéter. « A 2h ». Comment ça à 2h ? A 2h du matin ? Le monsieur me répond que oui, comme si c’était tout à fait normal. Mais bien décidée à lui démontrer que ça ne l’est pas du tout, je lui explique qu’il est absolument hors de question que, premièrement j’attende jusqu’à 2h du matin (au risque de me répéter, il n’est que 17h), et que deuxièmement, je n’ai pas l’intention de prendre un vol en pleine nuit, et d’arriver en pleine nuit, dans un endroit que je ne connais pas. Il me dit alors que je peux prendre un avion le lendemain matin. Très bien. Cette solution me convient. Je le questionne pour savoir s’ils comptent me payer ma nuit d’hôtel à Bangkok ainsi que me rembourser celle d’Hong Kong. Il me dit qu’il va se renseigner et revient quelques minutes plus tard en me disant simplement : « Non. » Après moult échanges infructueux, je lui dis que j’aimerais parler avec son responsable. Il me passe une dame au téléphone, à qui je fais un monologue d’1min30. Elle me dit seulement : « Pouvez-vous me repasser mon employé ? ». Ce que je fis. 2 minutes après, ledit employé me demanda de le suivre et m’emmena au comptoir d’enregistrement d’une autre compagnie en me précisant : « Cet avion part tout de suite. Nous prenons ce changement à notre charge. Bon voyage ! »
Sans aucun doute heureux de s’être débarrassé de moi, je le suis tout autant d’avoir obtenu gain de cause en restant tout à fait calme et courtoise, et de pouvoir partir plus tôt et d’ainsi m’éviter l’arrivée trop tardive à Hong Kong.

Hong Kong Island vue depuis Kowloon

Hong Kong Island vue depuis Kowloon

Après un vol tout à fait agréable, je pose un pied en Chine, mais en même temps pas vraiment. J’ai toujours trouvé Hong Kong et le concept de « région administrative spéciale » très bizarre. Pour cette dernière destination, je m’autorise une dérogation en prenant les transports en commun à la sortie de l’aéroport, alors qu’il fait nuit et que je ne connais pas les lieux. Mais je me suis renseignée et il n’y a visiblement pas grand chose à craindre à Hong Kong, même la nuit. Je sors du métro à Causeway Bay, sur Hong Kong Island, et dehors il fait froid. C’est l’hiver et ça faisait des mois que je n’avais pas ressenti cette sensation de joues glacées et de gorge vite irritée. J’ai cette impression étrange que ça sent l’odeur de Noël, j’ai cette impression étrange d’être dans un film, j’ai envie de lever les yeux au ciel et de voir les flocons de neige tomber sur mon visage. J’ai cette impression étrange de sourire bêtement, sans savoir pourquoi. Mais je ressens vraiment une sensation étrange, Journal. Les buildings sont impressionnants par leur hauteur, je suis totalement chamboulée, je ne sais plus où j’habite et en quelle saison nous sommes. En arrivant dans mon hostel, la personne à l’accueil m’annonce que mon dortoir est au 8ème étage et que l’ascenseur est en panne. C’est bon, je retombe de mon nuage et ne me crois plus du tout dans un film. Je ris un peu nerveusement et me mets en marche. Je souffre cruellement avec mes 25 kg sur les épaules mais je finis par en voir le bout ; j’ouvre la porte du dortoir avec le badge magnétique, qui sera le même pour ouvrir la porte de mon locker. Astucieux. Le dortoir est impressionnant, il y a 21 lits répartis sur 3 niveaux. Le mien se trouve au milieu, chacun a un petit rideau, une liseuse individuelle et une prise de courant. Je pense que c’est le plus grand dortoir que j’ai visité depuis le début du voyage. Ca a de grands avantages, en particulier le prix, mais quelques inconvénients, notamment le bruit. J’en ferai les frais durant tout mon séjour dans cet hostel. A mon réveil le lendemain, j’ai besoin de trainer au lit et de récupérer de mes 10 jours intenses au Cambodge. Le temps est assez maussade ici, je ne suis plus habituée à l’hiver, je dois ressortir ma doudoune et mes affaires chaudes qui sont bien rangées au fond de mon sac. Je vais rendre visite à un ami d’enfance de ma soeur qui tient un bar à vin français à quelques arrêts de métro d’ici, La Cabane. Pour me souhaiter la bienvenue, il m’offre une merveilleuse planche de fromage et un verre de vin. Je revis. La nourriture française me manque à un point inimaginable, si bien que depuis plusieurs semaines, j’ai vraiment du mal à avaler un grain de riz. J’aurais dû interviewer l’ami d’enfance de ma soeur, mais monsieur étant devenu Papa pile poil pendant mon séjour à Hong Kong, il avait étonnamment mieux à faire. Le métro parisien ne m’ayant absolument pas manqué durant les 9 derniers mois, je décide de rentrer à pieds et de profiter de l’air froid auquel je vais devoir m’habituer puisque mon retour approche à grands pas. Je commence d’ailleurs à compter les jours. A J-4, je ne me sens plus ici, mais pas encore là-bas. Je suis dans une situation très inconfortable qui ne me donne pas très envie de profiter de Hong Kong, mais en même temps, je culpabilise de ne pas avoir très envie. Durant les jours suivants, je vais quand même traverser Hong Kong Island, profiter des centres commerciaux propres et presque aseptisés, prendre le vieux tramway pour monter jusqu’à The Peak et admirer la vue, marcher au soleil dans Victoria Park, marcher de nuit dans Hong Kong Park, marcher jusqu’au départ des ferries, admirer les buildings éclairés, contempler les décos de Noël qui me font rêver, faire une virée à l’Apple Store où tout est moins cher que chez nous, traverser le bras de mer et atterrir à Kowloon, déambuler sur l’Avenue of Stars et prendre une bonne quarantaine de photos de Hong Kong Island et de ses gratte-ciels, me promener au beau milieu des marchés bondés, et rentrer. Même si on est dans une version très americano-européenne – et donc occidentale – de l’Asie, certains petits détails ne changent pas et nous font prendre conscience qu’on n’est ni à New York, ni à Sydney, ni à La Défense. On aurait envie de se sentir à l’aise, mais au fond, on sent bien que les codes ici sont à l’opposé des nôtres. Si l’anglais est monnaie courante, certains refusent de nous répondre en anglais et globalement, je ne trouve pas les gens très aimables.

Marché dans les rues d'Hong Kong

Marché dans les rues d’Hong Kong

Bus à Hong Kong

Bus à Hong Kong

A quelques jours du départ, je commence à abandonner les choses dont je n’aurai plus l’utilité jusqu’à mon départ. Je trie mes affaires et défais et refais mon sac pour la dernière fois de mon voyage. Je ressens de l’excitation et à la fois de la tristesse. C’est fini. Déjà. Le temps est passé si vite et à la fois si lentement. Je repense au Népal, à mes terribles moments de solitude, puis que je remonte à l’Amérique du Sud et à mes souvenirs si lointains avec mon Cousin G. Je réalise que beaucoup de choses se sont passées ; certaines amies et connaissances ont eu le temps d’accoucher, certaines de m’annoncer leur grossesse et de mettre au monde leur bébé. La loi du mariage gay a été adoptée en France. La vie d’Adèle a eu la Palme d’Or à Cannes et un « royal baby » est né à Londres. Il y a eu le déraillement du train de St-Jacques-de-Compostelle, mais aussi l’affaire Leonarda et celle des bonnets rouges. Puis Lou Reed est mort. Ainsi que Nelson Mandela. J’ai loupé tout ça, mais en même temps je l’ai vécu. Ailleurs, c’est tout. J’étais juste en voyage, souvent les gens ont cru que j’étais hors du temps, hors de la réalité, hors de la vie. Pourtant le voyage fait aussi partie de la vie. Je sais en tout cas que désormais il fait partie de la mienne.
Ma famille n’est pas au courant que je rentre en France pour Noël, ils m’attendent dans 3 semaines et me pensent au Vietnam actuellement. Mais je ne voyais pas l’intérêt de passer Noël loin d’eux, seulement pour quelques semaines supplémentaires de voyage. Comme quoi, quand on dit que le voyage nous ramène à l’essentiel…
Il est bientôt l’heure d’embarquer, un long périple m’attend de Hong Kong à Paris en passant par Londres, puis de Paris aux Pyrénées en faisant une escale dans le Sud. Si tout va bien, Journal, j’arriverai le 24 décembre à 19h face à toute ma famille réunie, en ayant pris mon avion le 22 décembre à 23h de l’autre bout du monde. Je vais boucler la boucle. Cette  boucle que j’ai entreprise en solitaire, mais où au final, une multitude de gens non-prévus au programme m’ont rejoint. Cette  boucle qui m’a amenée à rencontrer ceux qui vivent loin de leurs racines, mais qui m’a aussi permis de mieux savoir, de mieux comprendre et surtout d’aller voir ailleurs si j’y suis.

Au revoir Le Monde, je reviendrai.

Toutes les photos de Hong Kong

Par Anne Sellès, le 25 décembre 2013

16 Comments to "Hong Kong : la fin du voyage"
  • Superbe fin ! Arrivée à l’heure le 24 décembre finalement ?

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  • Ton blog est superbe !! Je l’ai lu d’un trait !! Une bonne expérience de vie qui donne envie … 🙂

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  • Je viens d’arriver au bout moi aussi. Pour avoir voyagé – un petit peu – moi aussi, je me suis – dans une moindre mesure – souvent retrouvé dans tes moments d’excitation ou de solitude. Et ça a réveillé en moi une nouvelle folle envie de repartir à l’aventure. J’aurais bien un ou deux milliers de questions à te poser, mais je vais me contenter de te remercier pour nous avoir fait partager ton aventure, ton expérience et toutes ces rencontres. Et de finir par te souhaiter d’autres formidables aventures comme celle-ci.

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    • Cher Dr Jerhille ! Je te remercie grandement pour ton message et t’invite à me poser les questions que tu veux – je tâcherai d’y répondre – via le moyen de ton choix parmi tous ceux que nous avons à disposition sur nos amies les Internettes. A très vite 🙂

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  • Bonjour Anne ! Voilà je me lance, je te suis depuis quelques mois via ton blog et ton Facebook, en décalé il est vrai car tu étais déjà rentrée quand j’ai découvert ton Va voir ailleurs si j’y suis. Je tenais à te féliciter ! Tes histoires, tes photos sont superbes et donnent vraiment envie de tenter l’aventure. J’en rêve. Oser s’accorder cette parenthèse, oser partir vers l’inconnu, oser s’envoler à l’autre bout du monde. Tu l’as fait et grâce à ce blog, tu prouves que ce grain de folie vaut toute les mises en garde du monde, toutes les paroles qui tentent de te raisonner quand on ose exprimer cette envie d’ailleurs. Merci pour tout ça 🙂 Vraiment.

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  • Je (re)découvre ton article. Ça fait drôle parce que Hong Kong est ma première destination asiatique (je sors d’un mois en Europe) alors qu’elle était la dernière pour toi. Et l’été arrive donc au contraire, je dois m’habituer aux températures (modérément) élevées. Merci pour ces jolis mots et ces belles photos.

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  • Hello Anne,

    Je relie une fois de plus ton article … j’en ai des frissons …

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  • bravo pour ton parcours je le regarde avec envie a 58 ans en retrait de la société apres avoir passé toutes ces années a travailler pour qui pour quoi , bref on ne refera pas le chemin inverse

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    • Un grand merci pour votre message ! Je suis convaincue qu’il n’y a pas d’âge pour voyager. Je vous suggère de guetter la prochaine interview voyageur sur le blog de Zip World : http://lemondezip.fr/category/interviews-voyageurs/. Le prochain « voyageur interviewé » est un homme de 63 ans qui a fait un tour du monde en solo. Très inspirante, cette interview sortira la semaine prochaine (début août 2015). Bonne lecture et bons voyages, je vous le souhaite ! 🙂

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  • Ils sont toujours un peu étranges, les derniers jours d’un grand voyage 🙂 Je découvre ton blog avec plaisir, et même si j’arrive après la bataille je crois que je vais le regarder d’un peu plus près !

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