Etats-Unis : Louisiane, jazz, Mississippi & compagnie

Etats-Unis : Louisiane, jazz, Mississippi & compagnie

Cher Journal,

Après avoir dit au revoir à l’Amie A. à l’aéroport de Miami, nous nous sommes envolés, Cousin G. et moi-même, à La Nouvelle-Orléans où nous avons retrouvé la maman du Cousin G, que nous appellerons ici « Ma Tante ». Tu me diras, Journal, c’est un nom plutôt approprié, puisque c’est effectivement ma tante.
A l’arrivée, le sac de Cousin G. n’est pas au rendez-vous. Comme à chaque fois que l’on est confronté à ce problème, on aurait tendance à rester très longtemps devant le tapis des bagages de l’aéroport, continuant à le fixer même quand il s’arrête de tourner, attendant quelque chose qui n’arrive jamais ; qu’il se remette en marche et que l’ultime bagage manquant arrive, en vainqueur. Mais Cousin G., c’est un type zen et compréhensif, ça ne l’ébranle pas plus que ça, même si son sac est rempli de tous les cadeaux qu’il a ramené d’Amérique du Sud. Et il fera bien, d’être zen et compréhensif, car son sac à dos reviendra dès le lendemain, en pleine forme et sans dommage.

Cousin G. sans bagage à l'aéroport de la Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Cousin G. sans bagage à l’aéroport de la Nouvelle Orléans, Louisiane

Avec Ma Tante et Cousin G., nous cherchons à être méthodiques en tentant d’organiser nos 5 jours sur place. Il y a une multitude de choses à faire, et puisque nous débarquons le soir assez tard dans la ville, nous ne prenons pas conscience une seule seconde de ce qui viendra nous empêcher d’être productifs comme nous l’aurions souhaité : la chaleur humide, diabolique et oppressante de la Louisiane. Nous sommes au mois de juillet. Nous comprenons dès le lendemain qui allait falloir fonctionner au ralenti pour éviter de suffoquer durant tout le séjour. Nous commençons par partir visiter les « plantations« . A l’évocation de ce nom, je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Je n’ai jamais trop écouté mon prof d’histoire et je le regrette en t’écrivant ces mots, Journal. J’ai donc suivi le mouvement sans trop poser de questions. Nous atterrissons dans une immense propriété où nous sommes accueillies par des dames, qui ne tarderont pas à nous offrir des éventails ; je crois qu’elles ont eu pitié de nous et de nos visages abrutis par la chaleur. Rapidement, je comprends que nous ne verrons pas du tout de plantations, car il n’y en a plus. Nous allons écouter le guide nous parler des riches planteurs de coton et de canne à sucre, de leur belle demeure et du commerce triangulaire, unique terme qui rejaillira dans mes souvenirs datant de la classe de 4ème. Je n’aime pas vraiment ce genre de visites où quoi qu’il arrive le sentiment général s’imposera comme étant : « Oh, les méchants riches ! » et « Pffff, les pauvres pauvres Noirs ». Au final, nous n’apprenons rien et je trouve ces pèlerinages plutôt indécents. Que l’on n’oublie pas cette horrible partie de l’histoire est une chose, que l’on fasse de ces demeures des musées et parfois même des lieux où l’on peut séjourner en est une autre. Je sais que ma manière de voir les choses est particulière et loin d’être partagée par tous, Journal, mais moi, ça me met mal à l’aise. Que l’on laisse ces pauvres gens ayant vécu l’horreur tranquilles.

Anciennes plantations entre la Nouvelle Orléans et Bâton Rouge, Louisiane (Etats-Unis)

Anciennes plantations entre la Nouvelle Orléans et Bâton Rouge, Louisiane

La chaleur est étouffante, nous filons sans plus tarder pour faire une promenade en bateau sur les bayous, il devrait déjà y faire un peu plus frais. Nous empruntons un chemin poussiéreux et roulons longtemps. Au bout du chemin, une petite cabane vend des énormes têtes d’alligator, des oiseaux empaillés et des porte-clés d’un goût douteux. Ils proposent bières et nachos à des prix défiant toute concurrence. On se décide à manger un bout ici, sur la terrasse en bois sur pilotis au-dessus des marais. On aperçoit de petits alligators et des oiseaux en tous genres. Le décor est assez impressionnant, digne d’un épisode de Tom Sawyer. Les eaux sont d’une couleur profondément étrange, entre le vert et le marron, sombre, voire lugubre. Il n’y a pas de courant, ou très peu, et les eaux marécageuses sont recouvertes d’une mousse verdâtre où s’accrochent roseaux, joncs, nénuphars et cyprès d’eau. Un départ en bateau est prévu pour bientôt, nous sommes pour l’instant les seuls touristes. Arrivera une famille d’américains pour nous tenir compagnie sur l’eau, mais nous ne serons pas davantage, ce qui est fort appréciable. Notre guide, à la fois conducteur de bateau, vendeur de bières et enfant du pays, en connaît un rayon sur la zone. Il nous parle d’aires de nidification des alligators, des aigrettes, des ragondins ou des serpents. Il nous somme régulièrement de ne pas trop approcher notre main ou appareil photo de l’eau, je n’ai pas bien saisi la raison mais je n’ose pas redemander, de peur d’avoir compris qu’un alligator pourrait bien m’arracher quelques doigts au passage. Plus on s’enfonce au milieu des arbres, plus les paysages sont stupéfiants. Le moteur du bateau s’accrochera plus d’une fois dans ce qu’il y a sous l’eau mais qu’on ne voit pas, ajoutant une petite note de suspense à ce décor profondément inquiétant, digne d’un bon film d’horreur américain.

Bayous de la région de la Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Bayous de la région de la Nouvelle Orléans, Louisiane

Alligator dans les bayous de la région de la Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Alligator dans les bayous de la région de la Nouvelle Orléans, Louisiane

Bayous de la région de la Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Bayous de la région de la Nouvelle Orléans, Louisiane

Nous retournons en ville ou nous resterons désormais. L’âme de La Nouvelle Orléans est si singulière, il y règne une atmosphère unique faite de mixité et d’histoire que l’on ressent à chaque recoin du Quartier Français. Les touristes déambulent sous la chaleur écrasante, acceptant volontiers une petite pause sur le trottoir pour écouter le groupe de jazz du coin, qui a l’air d’être présent tous les jours, à la même place, tentant d’attirer les oreilles jusqu’à eux pour peut-être réussir à vendre un CD. La plupart des gens préfère détourner le regard et les talons quand il s’agit d’argent. Ce sont souvent les mêmes qui ont pris 35 photos des musiciens en quelques secondes, se postant sans complexe à 1 mètre de leur visage. Et ce type de comportement, Journal, moi ça me crispe. Ces musiciens ne font pas partie du paysage, ils ne sont pas des troubadours payés par le gouvernement américain pour venir nous divertir durant notre balade. J’aurais pu simplement laisser quelques dollars, mais au final j’ai acheté leur CD, que je ne réécouterai peut-être jamais car hors contexte c’est toujours un peu particulier. Mais en fait, je crois qu’à cet instant, j’avais honte du comportement de ces autres touristes, que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. J’avais envie de les encourager, ces musiciens, de leur dire qu’on était restés assis là pas seulement pour les prendre en photo et se casser comme des malotrus. Mais aussi et surtout parce qu’on les considérait. Parce qu’on avait apprécié. On est dans l’un des états les plus pauvres des USA, malmené par l’histoire et torturé par la météo, alors même si ces musiciens ne sont sans doute pas dans les situations critiques que l’on peut imaginer, un peu de considération et de prise de conscience ne font pas de mal. Peut-être que ces touristes subitement pressés de s’en aller se sont rendus compte qu’ils étaient en retard à leur « tour organisé pour découvrir les dégâts causés par l’ouragan Katrina en 2005″… Non Journal, ceci n’est pas une blague, ce type de tourisme mal placé, voyeuriste et macabre, existe réellement. Et s’il existe, c’est qu’il y a des touristes suffisamment bizarres pour y aller.
Bon, ce quartier français, je l’ai parcouru en long, en large et en travers avec Cousin G., observant inlassablement ses balcons en fer forgé desquels flottent souvent fièrement un drapeau bleu blanc rouge, aux côtés du Stars & Stripes américain. Ici, restaurants cajuns et boulangeries françaises se côtoient sur le même trottoir, tout comme les restes d’une colonisation française et espagnole se mêlent à un patriotisme américain sans borne.
Mais la chaleur et l’humidité nous accablent tellement que nous finirons au Hard Rock Café pour une pause coca bien frais, qui se transformera sans trop d’effort en une pause mojitos. Signe que nous sommes bien par ailleurs aux Amériques, cet énorme Hard Rock Café et ses néons qui s’imposent au coeur du French Quarter, comme pour dire : « T’es aux ‘Stats Z’Unis, Baby ».

Groupe de jazz dans les rues de la Nouvelle Orléans, Lousiane (Etats-Unis)

Groupe de jazz dans les rues de la Nouvelle Orléans, Lousiane

Maison aux couleurs des USA, Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Maison aux couleurs des USA, Nouvelle Orléans, Louisiane

Drapeaux français et américains dans le Quartier Français de la Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Drapeaux français et américains dans le Quartier Français de la Nouvelle Orléans, Louisiane

Nous nous laisserons aller à tous les bons vieux clichés de la ville. Nous « flânerons », bien que le terme soit loin d’être approprié en soirée, sur la célèbre Bourbon Street, slalomant entre locaux bourrés, jeunes filles en sous-vêtements et drag queens déjantés, avant d’aller boire une bière au Lafitte’s Blacksmith Shop Bar, connu pour être le plus vieux pub des Etats-Unis. Nous prendrons le typique tramway du 19ème siècle pour traverser la ville au tarif de $3 la journée, et ainsi visiter – et boire du vin – dans le paisible quartier résidentiel de la ville, Garden District. Nous irons dîner chez Adolfo’s, un restaurant italien réputé du quartier du Faubourg Marigny, un genre de quartier hipster, bobo, gay friendly, voire les 3 à la fois, où l’on croise boutiques de tattoo, bars animés et groupes de musique en tous genres à tous les coins de rues. Nous embarquerons aussi à bord d’un bateau à aube, symbole de la Louisiane, pour un tour sans grand intérêt, avec une voix insupportable déblatérant des choses absolument inaudibles dans des hauts-parleurs. Avec Cousin G., nous testerons aussi le karaoké sur Bourbon Street. Je ne connais aucune chanson, les textes défilent bien trop vite pour mon petit cerveau, j’ai l’air d’une demeurée lorsque j’essaye de chanter. Mais Cousin G. aussi, ce qui me rassure. Nous occuperons notre temps en buvant des bières et en regardant ces américains-et-fiers-de-l’être chanter et danser sur la scène comme si leur vie en dépendait. A noter que le barman m’a demandé ma carte d’identité à chaque fois que je suis venue lui commander quelque chose au bar. Il a fini par m’avouer : « C’est drôle, je t’aurais donné 13 ans ! »… Ouais. Drôle.

Le plus vieux pub des USA sur Bourbon Street, Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Le plus vieux pub des USA sur Bourbon Street, Nouvelle Orléans, Louisiane

La légendaire Bourbon Street, Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

La légendaire Bourbon Street, Nouvelle Orléans, Louisiane

Bateau à aube sur le Mississippi, Nouvelle Orléans, Louisiane (Etats-Unis)

Bateau à aube sur le Mississippi, Nouvelle Orléans, Louisiane

Avant de quitter La Nouvelle Orléans, nous avons la chance d’assister à l’Independance Day. Avec Cousin G., on s’attendait à tout un tas de festivités dans les rues, de la musique, des costumes, des gens soûls mais heureux, mais en réalité, que nenni. Nous n’avons rien vu, rien entendu. En fouillant sur Internet, on a en revanche découvert qu’un festival mettant à l’honneur les musiques noires-américaines se tenait sur les rives du Mississippi pour quelques jours à partir du 4. C’est aujourd’hui. C’est gratuit. On en profite pour manger des burgers gras et pas très bons, et boire quelques bières en espérant qu’elles nous rafraîchissent, les fesses posées dans l’herbe, mais là encore, rien n’y fait. La chaleur moite nous épuise, on a du mal à rester au soleil. Nous aurons tout de même le droit à un feu d’artifice au-dessus du fleuve, histoire de marquer le coup, mais nous quitterons les lieux un peu déçus de ne pas avoir pu vivre une fête nationale digne de ce nom, mais malgré tout très heureux d’avoir découvert une région légendaire de The United States of America.

To be continued…

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Par Anne Sellès, le 5 juillet 2013 (màj mai 2014)

2 Comments to "Etats-Unis : Louisiane, jazz, Mississippi & compagnie"
  • J’y étais il y a encore deux semaines, j’ai vraiment adoré. Nous sommes allées voir la plantation Oak Alley pour sa magnifique entrée. Pour la Bayou, je recommande Nobert leblanc sur le lac Martin, un cajun qui parle français.
    La nola, j’en suis tombée amoureuse, c’est magnifique, vivant, avec une bonne cuisine, bourré d’art. J’y retournerai à coup sûr.

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