Escales à Bangkok : comment j’ai appris à aimer la capitale thaïlandaise

Escales à Bangkok : comment j’ai appris à aimer la capitale thaïlandaise

Cher Journal,

Après avoir dit au revoir à Ma Copine Caroline en Indonésie, j’ai pris un avion Denpasar-Jakarta dans la matinée, j’ai ensuite attendu un très long moment dans l’aéroport de Jakarta, assise au milieu d’une horde d’hommes de tous âges, plutôt amusés de me voir là avec mon sac à dos. Puis, 3h plus tard, je m’enregistrais pour mon vol en direction de la Thaïlande. Dans l’avion, à côté de moi, se trouvait une dame âgée qui ne parlait aucune langue que je parle ou baragouine ne serait-ce qu’un peu. Elle ne parlait que l’indonésien. Mais elle se tournait régulièrement vers moi, comme pour engager la conversation tout en sachant que ce n’était pas vraiment possible. Alors on se souriait. Un peu bêtement. Lorsque les hôtesses ont distribué les formulaires d’entrée sur le territoire, c’est une petite dame perdue que j’ai vu face à sa feuille blanche, ne lisant ni l’anglais ni le thaï. J’essayais de l’aider comme je le pouvais, je crois qu’au final elle a écrit n’importe quoi. Quelques instants plus tard, elle s’est mise à fouiller dans son sac et me donna un paquet de cacahuètes au miel, toute contente. Je les acceptai en la remerciant avec un immense sourire. On s’est dit au revoir avec un signe de la main à notre arrivée à Bangkok ; j’ai ressenti une émotion étrange, cette petite dame m’a marquée. Mais peut-être qu’à ce stade du voyage, je deviens plus sensible que je ne le suis déjà. Parfois il y a des rencontres qui ne durent que quelques instants, des personnes avec qui tu ne peux pas vraiment échanger verbalement, mais avec qui il se passe quelque chose quand même. Le mystère de l’être humain.
C’est la toute première fois que je mets un pied en Thaïlande. Ce que je ne sais pas encore, c’est que je retournerai 8 fois à Bangkok au total, au cours de mon voyage. Bangkok est stratégiquement situé en plein coeur de l’Asie du Sud-Est, les vols y font bien souvent escale. Parfois je m’y suis arrêtée, parfois j’ai juste transité par l’aéroport que je connais donc, désormais absolument par coeur.

Bangkok, Acte 1 – 22 septembre 2013

Ma toute première fois à Bangkok, c’était un certain dimanche soir de septembre, il pleuvait à l’aéroport de Suvarnabhumi, et après avoir attendu 45 minutes à l’immigration, j’ai découvert en attendant mon taxi ce qu’était un temps chaud et humide. Effectivement Journal, ici, c’est encore la saison des pluies.
Pour aller dans le centre depuis l’aéroport, j’aurais pu emprunter le Airport Rail Link, c’est direct, rapide, et ça ne coûte pas grand chose. Mais en débarquant de nuit dans une nouvelle ville – qui plus est un nouveau pays – j’ai toujours cette espèce de terrible appréhension. Avant de m’engager dans la queue pour les taxis, je demande à 2 filles européennes en train de fumer leur cigarette si elles veulent partager un taxi avec moi. L’une d’elle me répondra avec un fort accent anglais et un méchant regard condescendant : « Les taxis ne sont vraiment pas chers ici », sous-entendant « Tu es radine au point de ne pas vouloir en prendre un toute seule ? ». Ce n’est pas de la radinerie, elfe de l’enfer, c’est juste une tentative d’éviter de dépenser bêtement. Elles sont là pour 2 semaines de vacances, elles ne voient donc pas les choses du même oeil que moi, mais acceptent quand même car nous allons dans le même quartier, celui de Sukhumvit. J’atterris dans un petit hostel très bien tenu, le dortoir est petit mais très propre, et les lits ont des matelas neufs, épais et avec de grosses couettes bien confortables. Je découvrirai rapidement dès le lendemain que je suis en fait dans l’un des quartiers principaux de la prostitution à Bangkok. Mais je n’ai pas le temps de faire une étude sociologique sur ces messieurs dégoûtants de 50 ans venant rencontrer des petits thaï de 17 ans, j’ai un visa à faire ; dans moins de 10 jours, je retrouve ma mère et ma tante en Inde. Je ne pouvais pas faire mon visa avant de quitter la France, car le visa n’est valable que 6 mois. Et je me rendais en Inde plus de 6 mois après mon départ de France. Je n’ai donc pas d’autre choix que de faire faire ce visa en cours de route.

Tampon d'entrée sur le sol thaïlandais

Tampon d’entrée sur le sol thaïlandais

Soi Cowboy, concentré de prostitution dans le quartier de Sukhumvit, Bangkok (Thaïlande)

Soi Cowboy, concentré de prostitution dans le quartier de Sukhumvit, Bangkok

Il faut savoir, Journal, que les Indiens ne rigolent pas du tout avec les histoires de visas, et je n’ai pas le droit à l’erreur si je veux être dans les temps pour partir à New Delhi. La difficulté réside dans le fait que toutes les modalités de la demande de visa indien à Bangkok ont changées il y a 2 mois, en juillet 2013. Les infos trouvées sur Internet ne sont donc plus vraiment à jour, puisque même les bureaux ne sont géographiquement plus au même endroit. Mais entre les sites officiels, les blogs de voyageurs et les discussions sur les divers forums Internet, j’ai regroupé une bonne partie des informations. Première étape, faire des photos d’identité au format 3,5 x 3,5. Ce format est une aberration totale surtout lorsque l’on voit le résultat sur le passeport ; une photo classique rectangulaire aurait réellement pu faire l’affaire. Je pars au hasard dans les rues de Bangkok et décide de demander aux passants. Un premier homme prenant sa pause cigarette devant l’agence de voyage dans laquelle il travaille semble avoir l’air tout à fait disposé à m’écouter, compte tenu de la façon dont il fixe mon décolleté, inexistant au demeurant. Il m’indique une boutique où faire des photos d’identité. Je m’y rends et découvre deux hommes en train de travailler sur des ordinateurs plus vieux que moi, au milieu d’un amas de journaux, papiers, et autres détritus non identifiés. L’un d’eux me fait monter à l’étage et m’installe sur une chaise de bureau défoncée. Le fond derrière moi est tout à fait pourri, le papier peint et déchiré, mais je comprendrai très vite que cela n’a pas la moindre importance puisqu’il va me détourer sur Photoshop et me coller sur un fond blanc. Mais avant cette ultime étape, il doit terminer de détourer d’autres photos. Les personnes concernées ne sont pas dans la boutique, mais j’en conclus qu’il doit bien aimer faire les choses dans leur ordre d’arrivée. Il me somme donc de m’installer pour attendre en me faisant un geste de la main, en direction d’une espèce de banquette menaçant de s’effondrer incessamment sous peu. Je m’exécute sans mot dire, mais je regarde l’heure toutes les 40 secondes, le bureau des visas n’acceptant les dossiers que jusqu’à 14h. Quand vient mon tour, je prends conscience qu’il va falloir que je courre pour arriver à temps. Malgré mes efforts, j’arriverai aux bureaux des demandes de visa à 14h08… Le lendemain, j’y vais donc dès 8h pour éviter les mauvaises surprises. La dame à qui je laisse mon dossier et mon passeport me dit : « Vous pourrez récupérer tout ça à partir du 1er octobre, entre 16h30 et 17h30 ». Je suis rassurée, mon avion pour Delhi étant le 2 octobre à 9h du matin.
Durant mon séjour à Bangkok, je rencontre M., un français de 20 ans de passage à Bangkok. Il part pour une année en Australie, avec un Working Holiday Visa en poche. Son avion faisant une escale ici, il a décidé d’en profiter pour prendre 1 semaine de vacances. En me promenant avec lui dans le quartier, je découvre l’enfer d’être un homme à Sukhumvit. Tu remarqueras, Journal, que j’ai mis le mot enfer en italique car c’est bien évidemment tout à fait relatif. Mais certaines rues étant bordées intégralement de « salons de massage » – que je mets entre guillemets comme tu peux le constater – il est absolument impossible en tant qu’homme de ne pas se faire harceler par les « masseuses ». M. est mal à l’aise, les filles le touchent lorsqu’il passe, sans se demander si cela me gêne, alors qu’elles pensent sans aucun doute que je suis sa copine. C’est absolument flippant. Un soir, nous allons même dîner, M., Andrew (un anglais de notre hostel) et moi, et en passant, alors que l’une d’elle propose un special massage à mes acolytes, Andrew répond : « Mais est-ce qu’il est possible d’avoir juste un massage ? ». La femme répond amusée que dans ce cas, il est préférable qu’il aille ailleurs.
Après avoir fait ce constat un peu affligeant, j’en ai parlé à une amie de longue date ayant vécu à Bangkok. Elle me confie qu’elle même, à l’époque, s’était penchée sur la question et en avait discuté avec des Thaï, puisqu’elle leur enseignait le français. Elle m’explique alors que la prostitution en Thaïlande n’a absolument pas la même connotation que chez nous, ce n’est pas aussi mal perçu, les filles font souvent ça pour se payer leurs études, certaines pour arrondir leurs fins de mois, mais que c’est un boulot comme un autre. La plupart du temps, elles bossent pour elles, sans « mac », et que malgré ce que l’on pense, les Thaï eux-mêmes en sont friand, la clientèle de ses filles n’est pas exclusivement à destination des touristes, bien au contraire.

Resto de rue dans le quartier de China Town, Bangkok (Thaïlande)

Resto de rue dans le quartier de China Town, Bangkok

Cuisine dans une rue de China Town, Bangkok (Thaïlande)

Cuisine dans une rue de China Town, Bangkok

Au bout du 3ème ou 4ème jour, je suis déjà fatiguée de cette ville collectionnant les superlatifs : trop grande, trop polluée, trop puante, trop inondée (il pleut tous les jours, très fort). Le temps jusqu’à l’obtention de mon visa se fait long. Mais toute cette attente m’aura au moins permis de visiter cette terrifiante mégalopole, capitale du pays du sourire, où les gens ne sourient pas. Entre visites épuisantes (temples, China Town, khlongs, floating market, Chatuchak, etc) et pièges à touristes dans une ville immense où les transports ont eu raison de moi, je décrète rapidement que Bangkok est la pire ville de mon voyage. Mais M. est jeune et motivé, il est en vacances depuis 1 semaine seulement et la pluie ne l’arrête pas. Ca me fait du bien d’être motivée par quelqu’un d’autre ; à m’écouter, je serais restée enfermée une journée de plus à bosser sur mes vidéos. Nous nous faisons intercepter par un chauffeur de tuk tuk qui nous propose le trajet pour 20 bahts (moins de 0,50€). Par « le trajet », il entend « n’importe quel trajet ». Il précise qu’en échange de ce prix fou, il faudra juste que l’on jette un oeil dans un magasin de vêtements. Il m’explique que certains chauffeurs de tuk tuk ont des arrangements avec la boutique, et s’ils leur ramènent des clients, la boutique leur paye le plein d’essence. Il n’y a aucune obligation d’achat, il faut juste regarder. Ca sent le sapin, mais on décide de tenter. Notre chauffeur nous arrête devant un magasin de costumes où sont déjà garés plusieurs tuk tuk. Nous rentrons mais c’est ridicule, entre mon look de baroudeuse et le look très « hip hop » de M., il est évident que l’on n’a rien à faire là, au milieu des costumes et des cravates. Le « chef » aux allures de mafieux russe l’a bien compris et s’approche de nous en nous demandant ce qu’on fait ici. On lui répond que l’on regarde, puis il demande : « Est-ce que vous cherchez un costume ? », à peine a-t-il attendu notre réponse qu’il ajoute, « il n’y a rien à voir ici, sortez ! ». Nous nous exécutons, mais notre chauffeur de tuk tuk nous dit qu’il n’aura pas son ticket pour l’essence car il aurait fallu que l’on reste au moins 10 minutes dans la boutique, que c’est la règle. Je lui explique que le vendeur nous a mis dehors, sans doute volontairement en déduisant sans difficulté d’après nos looks respectifs qu’on n’allait rien lui acheter. Notre chauffeur ne comprend rien, ici se trouvent les limites de son anglais. Il nous fera la course à 20 bahts comme convenu, ça me fait mal au coeur.

Le Damnoen Saduak Floating Market, banlieue de Bangkok (Thaïlande)

Le Damnoen Saduak Floating Market, banlieue de Bangkok

Vendeuse au Damnoen Saduak Floating Market, banlieue de Bangkok (Thaïlande)

Vendeuse au Damnoen Saduak Floating Market, banlieue de Bangkok

Journal, je t’épargne les autres anecdotes d’arnaques en pleine rue, rien que de l’évoquer, je suis irritée. On m’avait dit : « Les Thaïs sont des gens timides. Si l’un d’eux t’aborde dans la rue, c’est louche, il y a sûrement une arnaque derrière ». Je dois avouer que plus d’une fois, cela s’est vérifié. Bref, toujours est-il que j’étais là pour faire faire mon visa, et après plusieurs (longs) jours d’attente, le fameux moment de le récupérer arriva. A 16h30, j’étais là, à faire la queue, excitée à l’idée de quitter Bangkok, puis l’instant d’après angoissée que le visa ne soit pas prêt ou qu’il y ait eu un problème. Après 45 minutes d’attente, on m’annonce que mon visa n’est pas prêt du tout et qu’il faut revenir le lendemain, à la même heure. « Pas possible du tout chère madame, demain matin, j’ai mon avion pour Delhi ». Elle me répond un « Ahhhhhhhhh » dont seuls les Thaïlandais ont le secret et dont la signification est toujours absolument mystérieuse pour moi. Cette dame à l’accueil ne pourra pas m’aider, je prends donc l’air le plus affolé possible et montre très clairement que je cherche un responsable en regardant dans tous les sens. Je déambule dans la pièce sous le regard interloqué des autres personnes, jusqu’à ce qu’un homme en costard apparaisse : « Un problème mademoiselle ? ». Je lui explique la situation dans mon meilleur anglais. 8 secondes plus tard, il téléphonait à quelqu’un. Il me demanda de bien vouloir patienter jusqu’à 18h, ce que je fis. A 18h07, je retrouvais mon passeport à l’intérieur duquel était collé le précieux sésame pour me rendre en terre indienne.

Bangkok Acte 2 – 7 novembre 2013

Mon deuxième passage à Bangkok, ce fut près d’1 mois et demi après le premier. J’ai eu le temps d’aller en Inde et au Népal, et en sortant de mon avion, je constate avec une stupéfaction toute relative qu’il pleut. Encore. Cette fois-ci, je ne me rends pas dans Bangkok-même mais en banlieue, chez Benoit, un ami de ma soeur qui vit ici pour son travail. Il sera d’ailleurs la guest star de ma vidéo sur la Thaïlande, pas que je n’aie trouvé aucune autre personne à interviewer, mais davantage parce que j’ai décidé de changer un peu le format de mes vidéos. Dans les précédentes, j’étais frustrée de ne pouvoir que survoler tous ces portraits. En se focalisant sur 1 personne et 1 histoire, cela permettrait de rentrer dans le détail de ses choix, de sa vie, de ce qui a changé. Au comptoir des taxis de l’aéroport, la dame ne connaît pas l’adresse que je lui tends. Ce que j’apprendrai plus tard, c’est que Ben me l’a écrite en phonétique afin que je puisse la répéter avec la bonne prononciation. C’est évidemment pour ça qu’elle ne comprend rien. Elle me demande si j’ai le numéro de la personne chez qui je vais, je réponds positivement, elle m’envoie donc dans mon taxi qui ne parle pas un mot d’anglais. Rapidement, il appelle Ben et lui parle en thaï. Ca a l’air de répondre de l’autre côté, je ne savais même pas qu’il parlait la langue, je suis surprise. Et épatée. Nous arrivons rapidement dans une résidence sécurisée où se trouvent plusieurs petites maisons plutôt coquettes pour la Thaïlande. Je pense alors que, soit mon chauffeur m’emmène là pour m’assassiner tranquillou, soit parce qu’il s’est trompé et a mal compris ce que lui a dit Ben au téléphone. Bon. Au final, il s’avèrera que Ben habite vraiment dans l’une de ses sympathiques maisons, en colocation avec 2 copains de son travail, un Franco-espagnol et un Irlandais. A mon arrivée chez les 3 garçons, ils sont en train de jouer à la console en buvant du sirop. Je souris. Changement radical de décor. Une maison, ça fait drôlement du bien. Durant 6 jours, je les suis dans leur quotidien. Du trajet maison-travail en vélo, à la pause déjeuner au bord du Lac Taco (au bord duquel est implantée l’entreprise pour laquelle ils bossent), aux sessions wakeboard de Ben, en passant par les petits restos locaux le soir et les courses au supermarché du coin et son retour à 3 sur un taxi-moto, sans casque, et à contre-sens sur la voie rapide…

Ben fait du wakeboard sur le Taco Lake, banlieue de Bangkok (Thaïlande)

Ben fait du wakeboard sur le Taco Lake, banlieue de Bangkok

Retrouver une maison avec une cuisine, du ménage à faire, une vraie salle de bain, et un lave-linge me change la vie. Je retrouve des repères, des habitudes, j’ai comme l’impression de faire une pause dans mon voyage. Avec eux, je me laisse guider, ils connaissent le coin, les meilleurs plats au restaurant, je me détends et ça fait un bien absolument incroyable, Journal. J’apprends à apprécier les locaux, plus zen et plus ouverts que dans le centre de la capitale ; la nourriture, grâce à toutes ces nouvelles découvertes culinaires ; la culture, en écoutant parler les 3 colocs ; le pays, avec ce qu’il me raconte de leur vie, de leurs escapades en Thaïlande, et de leurs découvertes.

Bangkok, Acte 3 – 19 novembre 2013

Après une semaine pluvieuse à Koh Tao, me voilà de retour à Bangkok en attendant La Française de New York, qui doit me rejoindre pour un petit séjour dans le nord du pays. Après avoir quitté ma soeur à l’aéroport, il est temps pour moi de me rendre dans mon hostel que j’ai pris le soin de choisir dans un nouveau quartier, puisque j’avais déjà eu l’opportunité de découvrir Sukhumvit la première fois. Les transports en commun nous emmènent, moi et mes sacs beaucoup trop lourds, à Silom, quartier plutôt animé et touristique dans lequel je vais tourner bien 40 minutes avant de trouver mon hostel. Neuf, il n’a pas encore de devanture très visible, et je suis passée 2 fois devant sans le remarquer. Exténuée et en sueur, je suis à deux doigts de m’écrouler parterre en constatant que le réceptionniste parle un anglais déplorable, on ne se comprend pas du tout, et à chaque fois qu’on ne se comprend justement pas, il fait un petit bruit de furet accompagné d’un sourire gêné. Il finit par m’amener dans un dortoir, pour venir me récupérer en courant 1 minute plus tard car « ce n’est pas celui-là, je me suis trompé, désolé ! ». Je rencontre mon unique voisine de chambre à ce moment-là, une Israélienne de 22 ans qui voyage seule. Elle me propose d’aller dîner avec elle et une autre fille de l’hostel, je décline, je rêve juste de prendre une douche et de m’allonger. Le dortoir est petit, sans fenêtre, sans lockers pour ranger ses affaires alors qu’il était précisé sur le site qu’il y en avait. Lorsque je réserve à l’avance, je fais toujours attention à ça, je trimballe quand même avec moi pour 5000€ de matériel, entre mon ordinateur, ma caméra, mon micro, etc… Mais aller râler à la réception ne changera rien.

Le Lumpini Park et ses Monitor Lizards, Bangkok (Thaïlande)

Le Lumpini Park et ses Monitor Lizards, Bangkok

Vue sur les buildings depuis le Lumpini Park, Bangkok (Thaïlande)

Vue sur les buildings depuis le Lumpini Park, Bangkok

Je passerai du temps avec Nofar, ma colocataire israélienne ; repas partagés, visite du Parc Lumpini et découverte de ses étranges bestioles y habitant (les Monitor Lizards). Nofar semble être une bonne personne, sereine et réfléchie malgré son âge. On parle culture et kibboutz, religions et voyage. Elle fait partie des quelques rencontres qui parfois marquent un voyage, bien que très éphémères. A son départ, je continuerai mes visites de Bangkok, désormais plus à l’aise dans cette ville gigantesque, prenant les transports en commun aussi simplement que je le faisais à Paris, traversant Thong Lo à pied, de bas en haut et de haut en bas, jouant le jeu sur le marché nocturne de Silom Road, tentant tant bien que mal de négocier les prix comme ça se fait partout, sauf chez nous. Oui, je dois l’avouer, je commence à comprendre Bangkok et à l’apprécier.

Bangkok, Acte 4 – 5 décembre 2013

Après mon escapade dans le nord du pays avec La Française de New York, me revoici à Bangkok, dans un quartier peu touristique. Le grand intérêt que j’ai vu à ce quartier, et donc à cet hostel, c’était qu’il se situait à côté de la station Phaya Thai, le terminus de la ligne de l’Airport Rail Link. Pour ces 2 derniers jours sur le sol thaïlandais, étant donné qu’il me restait très peu de bahts et que j’avais surtout besoin de me reposer, j’ai préféré faire au plus simple. Me voici donc dans l’un des hostels les plus chouettes que j’ai fait jusqu’à présent ; une salle commune au rez-de-chaussée suffisamment grande pour y traîner, mais de taille suffisamment raisonnable pour que l’on s’y sente bien et pas comme dans un hall de gare. TV, journaux, bon Wifi, petite cuisine sont à disposition. Aux étages, des dortoirs avec des lits confortables et pour chacun une petite liseuse individuel, une prise de courant, et de l’espace pour poser ses affaires perso pour la nuit. Sur l’un des murs de la pièce, de larges lockers pour entreposer toutes ses affaires, et sur le pallier 2 salles de bain de bonne taille, toutes neuves, modernes et super fonctionnelles. Bref, le pied. Je passe 2 jours à travailler sur mes vidéos et à dormir. Avec le peu d’argent thaï qu’il me reste, je m’achète des soupes lyophilisées au Seven Eleven, LA chaîne de petites supérettes en Thaïlande. Je choisis visiblement très mal, j’ai pris les plus épicées, c’est immangeable. J’ai hâte de partir et de découvrir le Cambodge, mais je dois avouer que je commençais à me sentir bien dans Bangkok. Enfin « bien » n’est pas précisément le mot. Les gaz d’échappement, le trafic diabolique, les odeurs de poulet frit dès 7h30 du matin, tout cela ne me fait pas me sentir « bien ». Mais je commençais à avoir pris mes marques, à déchiffrer et à comprendre les codes de la vie ici. C’est important dans un voyage au long cours d’enfin cesser de se sentir une simple touriste, celle que l’on regarde, celle que l’on arnaque. Peut-être même que ça me faisait en réalité quelque chose de devoir quitter la ville. Peut-être même que l’espace d’un instant, je m’étais presque imaginée vivre ici. Encore une preuve, Journal, que l’être humain s’adapte à tout. Je ne sais pas si du coup j’ai réellement appris à aimer Bangkok. Peut-être ai-je seulement apprécié m’y sentir à l’aise, voir cette évolution, ressentir la joie de pouvoir vivre simplement, presque comme à la maison, avec des repères, des marques, des petites habitudes. Peut-être qu’au bout de quelques mois sur place, j’abdiquerais définitivement, oppressée par toutes ces choses qui font l’essence de Bangkok et qui me gênaient en voyage (la pollution, le bruit, les odeurs). Ou peut-être que je m’y ferais, plutôt concentrée sur ses aspects positifs, ces choses que l’on n’a pas chez nous, ces possibilités d’ailleurs, cette culture d’une richesse inépuisable. Je ne sais pas. Et c’est le mystère du voyage, lorsque tu es dans un état inhabituel, avec tous tes sens en éveil, en permanence, qui font que ton jugement peut être faussé, que tes doutes et tes envies altérées. Je ne sais pas, mais peu importe, le temps m’a appris à me sentir bien à Bangkok, et à déchiffrer ce qui me semblait indéchiffrable au premier abord, le jour de ma première arrivée, un certain 22 septembre 2013.

La circulation à Bangkok (Thaïlande)

La circulation à Bangkok

Toutes les photos de Thaïlande

Par Anne Sellès, le 5 décembre 2013 (màj juin 2014)

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