Brésil : de Rio à Iguaçu, première étape de mon tour du monde

Cher Journal,

Après avoir chouiné ma vie à l’aéroport de Paris, j’ai mis mon cerveau en mode off, pour arrêter mes réflexions idiotes, irrationnelles mais ô combien naturelles, du type : « il est encore temps de tout annuler et de rester en France dans mes pantoufles ». Mais j’ai finalement décidé de monter dans cet avion. J’ai baragouiné un « do you have wine ? » à mon hôtesse British Airways au chignon parfaitement tiré et épinglé, avant de m’allonger sur les trois sièges dont je disposais. J’ai dormi comme un bébé (le vin, sans doute) et me suis réveillée en écoutant l’album de Bruno Mars, branchée à l’accoudoir de mon siège d’avion. Normalement, je n’aime pas Bruno Mars. Mais je sentais qu’il n’y avait plus rien de normal. Je ne ressentais plus de peur, juste de l’excitation.

Mon Cousin G. m’attendait à l’aéroport de Rio. En le voyant, je compris que c’était le début d’une grande aventure.

L’arrivée à Rio de Janeiro

Pour mon premier réveil, me voilà les yeux grands ouverts à fixer le plafond dès 4h du matin. Les vrais aventuriers auraient sans doute mis ça sur le coup de l’excitation, de l’envie de découvrir, de l’appel de l’inconnu. Oui oui, il y a sans doute un peu de ça. Mais il y a surtout le décalage horaire, calmons-nous. Malheureusement, le Cousin G. dormait allègrement (la bouche ouverte) et mon instinct de survie me conseilla de ne pas le réveiller.

Nous avons fait les parfaits touristes pour cette première journée à Rio. Au programme Pão de Açucar et promenade dans la ville avec pause déjeuner au Burger King. Pas très typique tout ça ? Et bien si, un peu, car il y a du guarana comme boisson à volonté. Et ouais, ça change du Pepsi Max. J’ai malheureusement trouvé ça vraiment dégueulasse, même si, évidemment, j’aurais adoré adorer. Après s’être remplie la panse dans ce centre commercial climatisé, on s’est mis en quête d’un bus. A priori, rien de bien difficile quand on ne sait pas encore que le réseau de transports en commun à Rio est satanique et pernicieux. Il nous faudra d’ailleurs quelques instants pour comprendre que le problème ne vient pas (que) de nous. Désemparés – non, le mot n’est pas fort – nous sautons dans un bus plus ou moins au hasard. Nous en redescendons plus ou moins au hasard également, et n’expliquons toujours pas cet énorme coup de chance, celui d’avoir atterri malgré nous à cinq minutes de la plage de Copacabana, précisément là où nous souhaitions aller. Pour fêter cette fière réussite, nous nous offrons une petite Caïpirinha les pieds dans le sable. Je ne sais pas si elle était bonne, mauvaise, si elle était chère ou bon marché, peu importe si c’était dégueulasse et hors-de-prix, à cet instant précis on avait l’impression d’être les rois du monde.

À notre retour à l’hôtel, aucun vol d’affaire à déplorer. Car c’était bel et bien ma crainte lorsque nous avons quitté l’hôtel le matin même. J’avais même incité Cousin G. à faire comme moi : ranger toutes ses affaires dans son sac pour ne pas « tenter de potentiels malfaiteurs ». Premier constat et première bonne leçon : les gens qui vivent dans d’autres pays que le mien ne sont pas tous des méchants voleurs et agresseurs. Je commence à percuter qu’il faut que je me détende un peu. Pour ce faire, il n’y a qu’un mot : apéro. Nous continuerons sur notre lancée avec notre premier repas brésilien, une énorme pizza chacun et une bière taille familiale… Parce que « bienvenue en Amérique du Sud, les amis », ici, les bières ne sont pas servies en bouteilles 33 cl. Mais en 50 cl ou 1L. Nous rentrerons donc un peu soûls à notre hôtel, mais qu’importe, la vie est une fête.

Le lendemain, rendez-vous à Gavea, quartier résidentiel plutôt chic de la ville. Nous rencontrons Alexandra, la toute première interview de ce grand voyage. Je suis un peu stressée, je teste 24 fois le son avant de me lancer. Nous continuons ensuite notre route vers le centre de la ville, puis dans le quartier de Lapa. Le célèbre tramway jaune qui monte dans le quartier de Santa Teresa ne fonctionne plus, à cause d’un accident mortel de touriste survenu en 2011. Nous prendrons quand même des photos idiotes de vacanciers heureux sur le tramway à l’arrêt.

Nous cherchons un autre moyen de nous rendre à Santa Teresa, car nous devons rencontrer Axel, un autre Français vivant à Rio. Il m’avait indiqué par e-mail qu’il me fallait trouver le bus 007. Il m’est assez difficile de dire combien de temps nous avons cherché ce fameux bus… « Un certain temps » me paraît être une indication de qualité. Surtout qu’il est important de noter que les Brésiliens n’étaient visiblement pas très fort en anglais à l’école. Moi non plus, d’ailleurs. C’est pour ça que je me permets de le souligner. Cela compliqua donc considérablement la tâche, qui consistait à demander où se cachait ce fucking bus 007. Avec un nom pareil, il était vraisemblablement prédestiné ; 20 minutes de montée dans des virages serrés et un excès de vitesse certain. Tout cela dans un bus très vieux, conduit par un monsieur très vieux aussi. Un Brésilien a repéré notre regard perdu et nous a proposé de l’aide, en portugais, ce à quoi on a répondu un « avec plaisir » en langage des signes inventé. Il nous a indiqué où nous devions descendre pour nous rendre chez Axel, et à la descente du bus, surprise, une vue absolument incroyable sur la baie de Rio. Mais le plus beau restait à venir, la vue depuis la maison d’Axel, la Casa 48. Pour faire l’interview, nous sommes montés sur le toit de sa maison, qu’il a acheté avec un ami, dans cette favela pacifiée. Il retape tout et en fait une chambre d’hôte. À côté de ça, Axel est guide touristique à Rio et propose des parcours qui sortent des sentiers battus. Changement de vie assez radical pour cet ancien étudiant en école de commerce, qui avait pourtant commencé à bosser en costard-cravate à Paris…

La vue depuis le salon d'Axel La vue depuis le salon d'Axel

Nous redescendrons à pied et prendrons le temps d’admirer le quartier de Santa Teresa, son street art, ses petites ruelles pavées, ses façades colorées.

Départ pour Ilha Grande

Le temps nous est compté, nous devons déjà partir le lendemain en direction d’Ilha Grande. Pas eu le temps de voir le Christ Rédempteur sur la montagne du Corcovado, d’aller observer un coucher de soleil sur la plage d’Ipanema, ou de faire une bonne vieille photo de touriste sur l’Escalier Selarón. Tu noteras sans doute, Journal, que nous sommes de passables boulets, puisque le fameux escalier se trouve dans le quartier Santa Teresa où nous nous trouvions précisément la veille. Quoi qu’il en soit, 2-3 jours à Rio, c’est bien trop court pour tout voir. Pourtant, le Cousin G. était persuadé que nous aurions eu le temps. Avec lui « on est large ». Exemple : « On a quinze minutes de libre avant le départ du bus alors qu’on se trouve à dix minutes dudit lieu du départ du bus, sans carte, sans boussole et sans savoir par où on doit aller ? » « On est laaaaarges ! »

Nous quittons donc Rio en bus, en étant laaaarges, nous longeons des petits villages où les gens vivent en bordure de route, dans des maisons de fortune. Les voitures qui passent à toute vitesse frôlent les enfants qui jouent, le bruit ne les dérange plus. L’instant d’après, nous sommes au milieu des montagnes, dans une végétation hyper dense. Nous arrivons à Angra dos Reis et nous rendons à pied sur le port ; il fait une chaleur étouffante, je m’écroule sous les 18 kg de mes deux sacs. Nous accueillons à bras ouverts les frites et les bières ingurgités face à la mer, en attendant notre bateau.

Angra dos Reis (Brésil)Angra dos Reis (Brésil)

Rapidement, nous embarquons direction Ilha Grande. La traversée est rapide et agréable, et l’arrivée surprenante. Voici précisément l’idée que l’on se fait de la liberté ; des petites rues ensablées, pas de goudron, des cahuttes en bois en guise de restos, des ruelles qui grimpent, des enfants qui jouent pieds nus et à moitié tout nus… Des jeunes jouent Bob Marley à la guitare, on est en plein dans le cliché mais ça nous plaît bien, on doit l’avouer. On marche un moment avant de rentrer dans notre pousada, l’auberge familiale où nous allons rester deux nuits. Elle est tenue par deux soeurs d’un certain âge. Tout est assez simple et ça sent l’humidité dans les chambres, mais le cadre est incroyable, on a l’impression d’être en pleine jungle, avec un petit pont en bois qui passe au dessus d’un cours d’eau, et des hamacs devant chaque petit bungalow. On apprécie assez sévèrement le petit dej’ fait intégralement de produits frais ; gâteaux faits maisons, fruits exotiques frais, jus frais, etc.

L’une des deux soeurs nous conseille des itinéraires pour visiter l’île. Il y a plusieurs possibilités, mais tout dépend du niveau de difficulté que l’on souhaite. On comprend assez rapidement que nous avons à faire à une île sauvage et que pour sortir du petit village (et voir de belles plages, notamment), il faudra passer par la case randonnée. Nous marchons près de trois heures dans une jungle dense et déserte. Montées ardues, descentes bien casse-gueules sur un sol des plus argileux, petite baignade dans une piscine naturelle au milieu de nulle part, le trajet fut éreintant mais incroyable, surtout que nous n’étions pas du tout équipés pour marcher, sinon, ce n’est pas marrant. Ce fut ma première randonnée en tongs, une expérience à vivre une fois dans une vie. Nous arrivons sur du sable blanc et face à une mer turquoise, je n’avais jamais vu une telle couleur auparavant. Proche de l’hystérie et estimant que c’était tout à fait mérité, on a fêté notre arrivée sur la plage de Feiticeira avec une petite bière, vendue par un marchand ambulant qui trimballait sa glacière sur la plage. Le pied. Je prends conscience en écrivant cela, Journal, que je me sens visiblement obligée de préciser chaque fois que je bois une bière. Nous dirons que c’est une sorte de confession.

Plage de Feiticeira, Ilha Grande (Brésil)Plage de Feiticeira, Ilha Grande (Brésil)

Nous reprenons le chemin de la randonnée dans l’autre sens, cette fois-ci pas tout seuls mais accompagnés d’une ou deux familles de singes plutôt bruyants. Le soir, nous dînons au rythme des guitares, un plat « bien de là-bas » et pas très diététique, viande, riz, haricots rouges et frites.

En route vers São Paulo

Tu vois Journal, après ces trois jours à Ilha Grande, j’étais vraiment frustrée de déjà devoir m’en aller. Mais je le savais, avec le Cousin G., nous n’avions qu’une semaine pour nous rendre de Rio jusqu’à la frontière argentine.
D’autant plus que ce jour-là, un fameux 13 avril, on s’est retrouvés comme des cons à ne pas pouvoir payer notre pousada, parce que nous n’avions pas assez d’argent liquide et que nos deux soeurs-gérantes ne prenaient pas la CB. Ah oui, et il n’y a pas de distributeur de billets sur l’île. Puisqu’elles n’acceptaient pas les cailloux et les grains de sable en guise de paiement, nous sommes allés faire le règlement par CB chez une de leurs voisines, qui s’est pris, pépère, sa petite commission au passage. Mais pas le temps de négocier quoi que ce soit, nous allions louper notre bateau – l’unique de la journée – pour Angra dos Reis, puis notre bus, qui au final sera plein, ce qui nous fera poireauter plus de trois heures à la gare. Nous ne quitterons Angra dos Reis que vers 15h, ce qui nous fera arriver tard à São Paulo. Pour fêter cette journée absolument merveilleuse, une pluie apocalyptique s’est abattue sur nous pendant notre trajet, et visiblement, le bus n’était pas bien hermétique. Il a donc plu assez fort DANS le bus, sur nous, sur nos affaires. Mais en revanche pas sur nos voisins. Va comprendre.

Mais une fois à São Paulo, qui ne se prononce pas « Saopolo » mais « Saaaan Paooolo » – ne sois pas con et ne fais pas comme nous, les bons touristes – on recevra un accueil chaleureux dans un hostel plutôt cool d’un quartier cool de cette ville cool. Le lendemain, nous rejoignons un groupe pour une visite guidée de la ville. Ça dure trois heures, le mec parle un anglais impeccable. On découvre une ville très différente de Rio, des magasins plus luxueux, des bistros comme on pourrait parfois en trouver à Paris, ça change des lanchonete. On croise des gens plus élégants et des bons vieux hipsters de derrière les fagots. La Paulista (artère principale de la ville) donne le tournis, c’est le bordel. Mais honnêtement, l’ambiance électrique est plutôt excitante. On finit notre journée dans le célèbre quartier de la Madalena, où l’on retrouvera un ami Franco-Brésilien du Cousin G. Entourés de hipsters à bonnets et de bobos endimanchés, nous rions. On apprend que lorsque l’on finit notre verre de bière, le serveur nous ressert systématiquement (et l’ajoute à l’addition, hein, pas folle la guêpe). Pour lui dire « stop », il faut poser le dessous de verre SUR le verre. Ils sont malins ces Brésiliens !

Avant de quitter São Paulo, nous rencontrons Margaux, Française qui vit au 17ème étage d’une tour du centre-ville. La vue depuis chez elle est absolument incroyable. Puis nous filons également faire l’interview de Julien, un autre Français, dans la fameuse Beco de Batman, un genre de galerie urbaine totalement hallucinante.

Nous filons assez speed à la gare routière pour choper un bus pour Foz do Iguaçu, dernière étape brésilienne. Premier trajet en bus de nuit, et résultat pas hyper transcendant. La clim est visiblement cassée (bloquée sur le très froid), il doit faire 13 degrés, et si à cela on ajoute le monsieur très agaçant de derrière qui a passé le plus clair de son temps à me donner des coups de genoux, tu ne me croiras pas, Journal, si je te dis qu’en plus, le bus est tombé en panne au milieu de la nuit. Mais nous finirons, après toutes ces petites mésaventures, par arriver, heureux, à Foz do Iguaçu.

Les Chutes Iguaçu : est-ce raisonnable de pleurer d’émotion ?

Ouais, Journal, j’aurais réellement pu pleurer, tellement j’ai trouvé ça beau. J’avais lu partout sur les blogs que le côté brésilien des chutes était « vraiment décevant », parce que l’on t’oblige à prendre un bus, parce que tout est « balisé », et je ne sais plus pour quelle autre raison saugrenue. Mais honnêtement, on s’en fout. Le spectacle des chutes est juste incroyable. On prend conscience de leur puissance lorsque l’on descend sur la passerelle au ras de l’eau, qui ne t’amène finalement pas assez près des chutes pour te faire aspirer comme un pauvre insecte, mais suffisamment pour en ressortir trempé des pieds à la tête.

Nous filons ensuite à la frontière que nous passons sans encombre malgré l’attente légèrement abusive à l’arrêt de bus. À cet arrêt de bus nous abandonne le bus brésilien, afin que le bus argentin nous récupère. Et bien ce jour-là, j’ai compris que les Argentins n’étaient pas pressés. Mais nous finirons par la passer, cette frontière . Et crois-moi, Journal, un premier passage de frontière, c’est toujours accompagné d’émotion.

To be continued…

plus-de-photos-du-bresil

Par Anne Sellès, le 17 avril 2013 (mise à jour 4 février 2018)

4 commentaires

  1. Barel 2 années ago Répondre

    Bonjour je me prénomme Gilles,j ai lu ton journal sur ton tour du monde ,car je cherche des conseils pou préparer mon tour du monde qui commencera début 2019 .
    Je vais commencer par l Amérique du sud puis filler jusqu’au état unis ,ensuite visiter les régions où passe le transiberien comme le lac baikal ,oulan bator jusqu’à pekin et surement l Australie .Voila aurai tu des conseils a me donner ou si tu connais des organismes qui peuvent m aider.merci et très content de t’avoir lu

    • Anne 2 années ago Répondre

      Salut ! Merci pour ton message. C’est un peu vaste comme question, et malheureusement je crains de ne pouvoir t’en dire davantage que ce que je raconte déjà sur mon blog. Le temps passe et les souvenirs sont malheureusement de moins en moins frais… Bons préparatifs et bon voyage !

  2. angelique 2 années ago Répondre

    Bonjour, je m’appelle Angelique. Nous partons en couple fin 2018 début 2019. peux tus nous dire quel budget approximatif tu avais pour ton tour du monde?

    • Anne 1 année ago Répondre

      Bonjour Angélique. Environ 15.000 euros.

Laisser un commentaire

UA-37660365-1