Argentine : Tucumán, Salta, Jujuy, escales dans le Nord-Ouest argentin

Argentine : Tucumán, Salta, Jujuy, escales dans le Nord-Ouest argentin

Cher Journal,

Sans trop se poser de questions et simplement après avoir regardé une carte Google Map avec Cousin G., nous décidâmes (passé simple) de nous rendre à San Miguel de Tucumán, première « grande ville » sur notre route vers le nord de l’Argentine.

La Province de Tucumán, première étape

Les 18 heures de bus depuis Buenos Aires se sont passées comme sur des roulettes, il faut dire que ça y est, on s’est fait aux longs trajets propres à tout voyage en Amérique du Sud. Et on savait que ce n’était que le début.
Très étonnamment, la gare des bus de San Miguel de Tucumán est plutôt accueillante. Une petite cabane carrée au milieu de la gare faisant office de point info attire notre regard de voyageur perdu. Le monsieur nous indique la route à prendre pour nous rendre à notre hostel, en précisant toutes les possibilités existantes (taxi officiel, taxi non officiel, bus, voiture, …), nous le stoppons en demandant s’il n’est pas possible d’y aller à pied. J’ai cru lire dans son regard un « quelle bande de radins », mais il nous indiqua plus ou moins la direction à pied, amusé, en précisant que ce n’était tout de même pas à côté. Et effectivement, ce n’était pas à côté. C’était évidemment sans compter la chaleur écrasante qu’il faisait ; je ne sais pas combien en degrés, mais à midi pile et avec 18 kg sur le dos, on aurait tendance à penser sans exagération aucune que les températures avoisinaient les 74°C. Cela dit, entre tous les enfants parmi lesquels on devait slalomer (heure de sortie d’école), on a trouvé que la ville était plutôt mignonne, et qu’elle avait des allures de Cuba, même si ni Cousin G. ni moi-même ne sommes un jour allés à Cuba. La chaleur fait dire des sottises.
Après 40 minutes de marche éprouvantes, nous arrivons dans cet hostel étonnant, A la Gurda. Il est tout neuf mais installé dans un vieux bâtiment, haut de plafond, avec moulures, parquet et vieux carrelages. Nous achetons une bouteille de bière, il faut dire qu’elle est bien méritée (non, tu ne trouves pas, Journal ?), et la gérante de l’hostel nous indique qu’il y a « des verres dans le congélateur ». Au début, j’ai pensé qu’encore une fois, je n’avais pas compris ce qu’elle essayait de me dire. Mais voyant ma détresse, elle se leva et nous montra… les verres du congélateur. « Et oui, comme ça vous buvez bien frais ». Malins les argentins.

Soleil de plomb à San Miguel de Tucumán (Argentine)

Soleil de plomb à San Miguel de Tucumán

Les verres du congélateur, San Miguel de Tucumán (Argentine)

Les verres du congélateur, San Miguel de Tucumán

Plaza Independencia, San Miguel de Tucumán (Argentine)

Plaza Independencia, San Miguel de Tucumán

Nous nous installons et profitons du toit terrasse où nous pouvons faire notre lessive. Car on en parle pas assez de la lessive, grand drame des voyageurs au long cours. Si jusque là, on lavait nos petits habits dans les lavabos des hostels et que l’on tendait un fil où on le pouvait pour faire sécher nos affaires désormais plus ou moins propres, on avait constaté que ça ne séchait jamais vraiment bien. Le pire fut à Ilha Grande au Brésil, où notre chambre puait gravement l’humidité. Nous avions dû quitter l’île en réenfermant nos affaires toutes mouillées dans nos sacs. Journal, je t’épargne les détails sur l’odeur à l’arrivée. Ici, avec un soleil de plomb et un fil à disposition en extérieur, on sautillait comme des petits fous à l’idée de pouvoir laver et faire sécher nos fringues enfin normalement. Comme quoi, lorsque l’on est loin de notre confort habituel, on s’émoustille pour un rien. C’est précisément dans cet hostel que je rencontre Nina, une française vivant en Argentine, que je retrouverai quelques jours plus tard à San Salvador de Jujuy. Nous n’aurons pas visité grand chose dans la ville. Finalement, fraîchement débarqués juste avant l’heure de la sieste, au moment où la ville devient subitement désertique, nous y avons vu comme un signe divin pour absolument ne rien faire pendant 2 jours, si ce n’est manger des glaces à l’ombre de la Plaza Independencia. De mon côté, j’aurais pris conscience que mon projet vidéo nécessite vraiment du temps, déjà pour le dérushage des images, et ensuite pour le montage. Quant à la mise en ligne, c’est au bon vouloir du Wifi local, encore que je n’ai pas eu à me plaindre ici, je réussirai sans trop de crises de nerf à mettre en ligne ma toute première vidéo.

Sur le chemin pour Cafayate

Après avoir glané des informations à droite et à gauche, nous décidons de prendre un bus pour la petite ville de Tafí del Valle. C’est précisément ici que le dépaysement commence, dès lors que le bus s’enfonce dans la montagne, dès lors que l’on ne voit plus rien d’autre que le précipice lorsque l’on regarde par la fenêtre du bus. Paysages surprenants, faits de routes défoncées et de petits villages pittoresques où il n’est pas rare de croiser 3 enfants sans casque sur une moto, et où les gens saluent le bus, qui passe en laissant un nuage de poussière derrière lui. Tafí del Valle offre cette première perspective, la première vraie image que l’on peut se faire du NOA.

Paysage de Tafí del Valle (Argentine)

Paysage de Tafí del Valle

Tafí del Valle (Argentine)

Tafí del Valle

A l’arrivée, nous savons que nous n’y resterons pas pour la nuit, nous nous retrouvons donc encore une fois comme des idiots avec nos sacs à dos. On les jetterait bien dans un fossé, mais dans l’incertitude que ce soit une excellente idée, nous marchons un peu dans la ville, le temps de trouver une idée de génie. Nous rencontrons un homme âgé, qui nous indique, à moitié en français, à moitié en espagnol, où aller pour trouver l’équivalent de l’office du tourisme. Après quelques péripéties peu passionnantes, nous trouvons un hôtel qui accepte de garder nos sacs à dos pour 12 pesos par personne. Nous voilà débarrassés et prêts à visiter les alentours.
Nous reprenons le bus en fin d’après-midi et commençons à découvrir nos premiers paysages désertiques. Le Cousin G. et moi nous ruons comme des animaux à la vitre du bus pour photographier les premiers cactus, le rendu est évidemment absolument dégueulasse. Nous apprendrons ce jour-là que prendre des photos depuis un véhicule en mouvement est une aberration suprême. Au bout de quelques heures, le bus s’arrête sur un chemin en terre. Le chauffeur crie quelque chose qui ressemble à « Amaicha » ; je devine que nous devons descendre ici, un poil dubitative, tout de même. Mais c’était bien ça, l’arrêt d’Amaicha del Valle. Il n’y a pas grand monde, juste 2 jeunes buvant leur maté et nous regardant avec un grand sourire. On finira par comprendre qu’ils sont de notre hostel et qu’ils sont venus nous chercher, à pied. Nous passerons la soirée dans ce petit hostel familial, avec Felipe, 2 ans, et ses parents, propriétaires des lieux. Nous rencontrons un couple d’argentins en vacances, qui nous propose assez rapidement de nous emmener en voiture avec eux le lendemain, car eux aussi souhaitent aller vers Cafayate. On accepte bien volontiers et on passe une soirée vraiment incroyable avec tout ce beau monde parlant un espagnol d’Argentine bien marqué. Nos neurones se fatigueront rapidement mais ça y est, c’est officiel, on peut communiquer avec les « gens d’ici ». Nous continuons bien évidemment à rire quand tout le monde rit, même dans les cas où l’on ne comprend rien.
A notre grande surprise, le dîner est inclus dans le prix de la nuit. La maîtresse de maison nous demande si on aime les pizzas, on lui répond que oui, et au moment de se mettre à table, on constate qu’il s’agit de genres de chaussons fourrés à la viande et au légume. Le pain a été cuit dans le grand four de la cuisine et c’est réellement excellent. On termine la soirée en écoutant Manu Chao, et contents il nous demandent : « Vous savez qu’il est à moitié français ? »
Nous déclarerons rapidement forfait, mine de rien, ça demande un effort de passer une soirée entière à parler une langue que l’on ne maîtrise pas du tout. Nous filons dans la salle de bain, où là aussi tout a été bricolé à la main, jusqu’aux porte-manteaux dans les douches, confectionnés grâce à une bouteille coulé dans le ciment. Seul le goulot dépasse, un peu en biais, pointant vers le haut. Je trouve ça astucieux, tout comme les multitudes de petites choses que l’on trouve dans cet hostel. Le ciment dont je te parle, Journal, je pense d’ailleurs que c’en est pas. Je crois plutôt que ce sont des briques recouvertes d’une espèce de terre séchée. Ca se fond en tout cas très bien dans le paysage. Notre dortoir comporte plusieurs lits superposés mais nous sommes seuls à l’intérieur. Il y a une ambiance dans ces petites maisons d’hôtes familiales qui n’existe nulle part ailleurs. On vit comme la famille qui nous reçoit, ni plus ni moins. Ils sont touchants par leur simplicité et leur accueil, on est traités d’égal à égal, pas de mention d’exigences différentes du fait que l’on soit européen. Nous les quittons dès le lendemain matin, attristés de ne pas rester plus longtemps. Mais avant ça, nous avons eu droit à un petit déjeuner fait maison, avec des petits pains ronds tout juste sortis du four. Un véritable régal, et plus globalement ici, une expérience hors du commun que l’on ne connaîtra plus vraiment durant le reste de notre séjour en Amérique du Sud. Et même me concernant durant tout le reste de mon voyage.

Le Pacha Cuty Hostel à Amaicha del Valle (Argentine)

Le Pacha Cuty Hostel à Amaicha del Valle

La cuisine du Pacha Cuty Hostel à Amaicha del Valle (Argentine)

La cuisine du Pacha Cuty Hostel à Amaicha del Valle

Le repas pris tous ensemble au Pacha Cuty Hostel d'Amaicha del Valle (Argentina)

Le repas pris tous ensemble au Pacha Cuty Hostel d’Amaicha del Valle

Comme nous filons à l’aube le lendemain avec Karin et Osvaldo, le couple d’argentins, nous ne verrons absolument rien d’Amaicha del Valle, mais l’opportunité d’une escapade en voiture était trop belle pour qu’on la laisse  filer. Avec eux, nous irons tout d’abord jusqu’à Las Ruinas de los Quilmes ; on avait abandonné l’idée d’y aller avec Cousin G., car le bus laisse les voyageurs sur la route principale, après il faut marcher 5 km en plein soleil et au milieu de ces étendues désertiques, avec les sacs à dos. La voiture de Karin et Osvaldo est bonne une belle aubaine pour nous. En arrivant sur le site, nous acceptons le guide qui s’est présenté à nous à l’entrée. Il nous raconte l’histoire des indiens Quilmes, célèbres pour avoir constitué le dernier bastion indigène avant la colonisation espagnole, à laquelle ils ont tout de même résisté durant 130 ans. Balaize. Nous continuons ensuite notre route et traversons la Quebrada de las Conchas en voiture, ses roches et ses sables rouges absolument incroyables et nous ferons un stop dans un amphithéâtre naturel, dont on aurait jamais eu connaissance sans Karin et Osvaldo. Au-delà de la beauté des sites, c’est tout ce mini road trip qui aura été génial, le fait de pouvoir être maître de notre périple, de s’arrêter quand on le veut et où on le veut, d’aller à notre rythme… C’est en ça que le bus est assez frustrant finalement. Combien de fois dans les bus, j’aurais aimé pouvoir descendre, juste un instant, simplement pour contempler et photographier un paysage parce que la lumière, à cet instant précis, avait quelque chose de spécial… Nous terminons tous les 4 à Cafayate, à une terrasse de resto sur la place principale, et nous nous offrons notre première vraie parrillada (viande) argentine. Et effectivement, nous nous devons de reconnaître que ce n’est pas un mythe, la viande argentine est incroyable.
Nous quittons notre adorable couple d’argentins en nous promettant que nous nous reverrons, même si au fond, on sait très bien que ça n’arrivera jamais. On s’échange nos adresses, nos numéros de téléphones, on s’ajoute sur Facebook, on les remercie, et nous voilà de nouveau seuls, Cousin G. et moi. A Cafayate, il n’y a qu’à se laisser vivre, pas besoin de forcer. Nous décidons d’ailleurs d’aller « ne pas forcer » dans une bodega et d’y goûter les vins de la région, même à 10h du mat’, oui oui, testé et approuvé par nos soins. C’est aussi l’intérêt de la ville et de ses alentours, et c’est pour cette raison que le tourisme est très présent par ici : les bons vins et les charmantes bodegas éparpillés au milieu des vignobles, eux même entourés de montagnes.

Las Ruinas de los Quilmes (Argentine)

Las Ruinas de los Quilmes

Bodega et vignes à Cafayate (Argentine)

Bodega et vignes à Cafayate

Salta, ville coup de coeur

Notre atterrissage à Salta ne se fut pas en douceur, puisque des petits malins eurent pour très mauvaise idée de faire une fête énorme toute la nuit juste devant notre porte. Malgré les boules Quiès, j’avais l’impression qu’ils festoyaient assis sur mon lit. Le lendemain, on changera d’hostel, et malgré cette arrivée fracassante, je tombe amoureuse de la ville, de sa place principale, de la zen attitude des argentins, de son Cerro San Bernardo et de sa vue incroyable sur toute la ville, de ses petits restos aux odeurs démentes, de ses musées cachés, et de ses très nombreuses églises incroyablement colorées…

La iglesia Nuestra Señora de la Candelaria de la Viña, Salta (Argentine)

La iglesia Nuestra Señora de la Candelaria de la Viña, Salta

Nous filons le lendemain en tour organisé. Rendez-vous pris à 7h du matin. Embarquement à bord d’un minibus déjà rempli de 8 ou 9 touristes de tous horizons, déjà visiblement prêts à dégainer leur appareil photo. On suit plus ou moins la route du Tren a las Nubes, train bien connu pour grimper à plus de 4000 mètres d’altitude, mais qui malheureusement ne circule pas en cette saison. La route est mauvaise, mais les paysages sont grandioses et nous faisons de nombreux stops pour assouvir les besoins frénétiques de photos, avant le premier vrai arrêt, San Antonio de los Cobres. « Il y a des gens qui vivent vraiment ici ? » Oui Madame, 5000 habitants. Le village semble être totalement hors du temps. Nous nous faisons courser par une vieille dame qui fabrique des petits lamas en porte-clés, qu’elle nous propose à des prix exorbitants, ce qui nous fait un peu sourire. En 4 secondes, elle divise son prix par 3. L’art de la négociation sans parole… Nous continuons notre route vers les Salinas Grandes, désert de sel assez grandiose à plus de 3000 mètres d’altitude. Nous terminerons par Purmamarca, petit village d’où l’on peut voir la Montagne aux 7 couleurs. Moi je n’en compte que 5, mais soit. Le village dispose d’une multitude de stands d’artisanat « prix spécial touristes » sur la place principale ; pour l’authenticité, il faudra repasser.
Le soir, puisque nous sommes la veille du 1er mai, fête prise très au sérieux en Argentine, la dueña de l’hostel organise un dîner argentin pour les quelques voyageurs présents (nous sommes 5) et le personnel. Elle a cuisiné un locro, un plat typiquement argentin, un genre de ragout à base de courge, de maïs, et de haricots. Il y avait aussi de la viande, mais je ne sais pas laquelle. J’ai cru comprendre que ce plat se mange également au Chili, en Bolivie, au Pérou et même en Equateur. Et si chaque pays se targue de faire la VRAIE recette du locro, pour moi le vrai et l’unique restera l’argentin, puisque c’est ici-même que je l’ai goûté. En dessert, nous avons droit à une tarte au chocolat et au dulce de leche incroyable, qui m’a fait un effet tout à fait fou et dont je peinerai à me remettre… Et comme je le précisais, le 1er mai est vraiment très très férié à Salta. Même le MacDo n’ouvre pas ses portes. Nous allons tout de même rencontrer David, un voyageur au long cours français, installé à Salta pour quelques mois, histoire de recharger les batteries et de regarnir le portefeuille avant de repartir sur les routes. Nous finirons la journée au frais, à l’hostel, avant de refaire nos sacs pour le lendemain, nous partons déjà.

San Antonio de los Cobres (Argentine)

San Antonio de los Cobres

Les Salinas Grandes (Argentine)

Les Salinas Grandes

La route de Purmamarca (Argentine)

La route de Purmamarca

Dernière étape en Argentine : Jujuy

Qu’on se le dise, la ville de San Salvador de Jujuy est moche et grise. Et il n’y a rien à faire. Ou alors, Cousin G. et moi, on n’a pas su aller aux bons endroits. Il faut dire, tout avait assez mal commencé, lorsque, arrivés après 40 minutes de marche depuis la gare, sacs sur le dos et en sueurs (une fois n’est pas coutume) on s’est retrouvés à la porte de l’hostel. Après avoir sonné une bonne quarantaine de fois et frappé à la porte environ le double, on a capitulé en s’asseyant parterre comme des pouilleux. Une fille a fini par venir ouvrir la porte, le cheveu en pétard, et nous indiqué la direction du dortoir, un lieu sombre, bordélique et extrêmement crade, où nous avons abandonné nos affaires, l’air bien écoeuré. Après une nuit, envahis par les bedbugs et autres insectes ignobles, nous avons accepté l’invitation de Nina, la française rencontrée à San Miguel de Tucumán qui vit avec chez son copain argentin. Ce sont d’ailleurs eux qui sauveront nos 2 jours sur place, notamment grâce à une petite visite de la ville et du jardin botanique, ainsi que grâce à un super asado chez des amies à eux, dans la banlieue proche de la ville. Ah, Journal, pas sûre que tu saches ce qu’est un asado. Et quel tort…! Bon. De toi à moi, l’asado, c’est un barbecue. Mais surtout, ne dis JAMAIS à un argentin que l’asado est un barbecue. Parce que l’asado, c’est un asado avant tout. Préparer le feu, c’est tout un cérémonial. Préparer les braises, c’est tout un cérémonial. Préparer la viande avec du sel (et parfois du citron, mais là encore il y a les pour et les contre « citron-sur-la-viande », c’est compliqué), c’est tout un cérémonial. Bref, l’asado, c’est tout un cérémonial. Et c’est surtout une tuerie.

Préparation de la viande pour l'asado, San Salvador de Jujuy (Argentine)

Préparation de la viande pour l’asado, San Salvador de Jujuy

Asado à San Salvador de Jujuy (Argentine)

Asado à San Salvador de Jujuy

Nous disons ensuite au revoir à Nina et Federico, et attrapons un bus pour Tilcara. Le trajet est court, ça change, et à l’arrivée, on peut souffler. Finie la grande ville, les voitures et le monde dans les rues. Ici c’est petit, calme, et on entend les oiseaux. On entame la randonnée de la Garganta del Diablo, soit un peu plus d’1h de montée seuls au monde face aux montagnes, et 2h dans les gorges à tenter de ne pas se fracturer une cheville car je suis visiblement dans une journée très « Pierre Richard » avec mes pieds. C’est absolument magnifique, on croise très peu de monde, seulement quelques locaux avec un troupeau de chèvres, ou bien seuls, effectuant un trajet d’on ne sait où à où, trajet secret qui nous intriguera d’ailleurs grandement. Nous tombons un peu amoureux du village, nous décidons alors de prolonger le séjour. C’était d’ailleurs la meilleure décision que l’on pouvait prendre, car c’est grâce à cela que nous avons rencontré Nourredine et Evelyne. On se promenait, Cousin G. et moi-même, quand soudain, un 4×4 s’arrête à notre niveau. Le conducteur baisse sa vitre et nous parle directement en français : « Vous êtes perdus ? ». Autant dire qu’on est restés bêtes. Rapidement, je lui parle de mon projet d’interviews de français, on convient alors d’un rendez-vous pour déjeuner tous les 4 dans l’heure qui suit, et avant de nous séparer je lui demande : « Au fait, comment avez-vous su qu’on était français ? » Sa réponse : « Ca s’voit tout d’suite ! ». Ah. Bon.

Début de la randonnée de la Garganta del Diablo, Tilcara (Argentine)

Début de la randonnée de la Garganta del Diablo, Tilcara

Randonnée de la Garganta del Diablo, Tilcara (Argentine)

Randonnée de la Garganta del Diablo, Tilcara

Randonnée de la Garganta del Diablo et vue sur les montagnes de Tilcara (Argentine)

Randonnée de la Garganta del Diablo et vue sur les montagnes de Tilcara

Avant de repartir, il nous dit qu’au bout du chemin, c’est chez lui, et que l’on peut aller visiter si on veut. L’histoire de Nourredine est assez incroyable. Il a fait toute sa carrière chez Total et a été expatrié plusieurs années à Buenos Aires. Comme il est originaire de Tunisie, Nourredine aime le soleil. Et l’hiver à Buenos Aires, ce n’est pas franchement ensoleillé. Il nous raconte alors qu’il s’est rendu à l’époque au service météo (moi aussi, j’ai tilté, quand il m’a parlé de « service météo » – j’ai du coup imaginé un gros monsieur assis derrière un bureau, renseignant les gens sur la météo (?)). Et au service météo, on lui a dit que la région de Tilcara était l’une des plus ensoleillées du pays, même en hiver. Tous les week-ends, il s’est alors rendu à Tilcara. Puis, au fur et à mesure, il y a acheté un terrain, construit une petite maison, et aujourd’hui, c’est devenu un hôtel (le Cerro Chico lo del Francés) bien sympathique. Hôtel qu’il ne cherche absolument pas à remplir d’ailleurs, ça ne l’intéresse pas. Il a aimé le construire, l’entretenir, il aime y bricoler, c’est son domaine, le fruit de son travail. En parallèle, il aime rencontrer des gens, partager des choses. Mais le remplir pour l’argent, ça non. Sa simplicité et sa gentillesse sont agrémentés par un petit grain de folie qui fait plaisir à voir ; d’ailleurs quand on lui demande s’il compte rentrer un jour en France, ça le fait rire aux éclats.

L'hôtel Cerro Chico lo del francés à Tilcara (Argentine)

L’hôtel Cerro Chico lo del francés à Tilcara

Les lamas de l'hôtel Cerro Chico lo del francés à Tilcara (Argentine)

Les lamas de l’hôtel Cerro Chico lo del francés à Tilcara

L'église de Tilcara (Argentine)

L’église de Tilcara

Iruya, le bout du monde

On m’avait prévenu, Iruya est le bout du monde. Oui je sais, je dis souvent ça, mais cette fois-ci, c’est vrai. Nous prenons le bus de 8h à Tilcara (qui ne partira qu’à 9h, mais il paraît que c’est normal) et roulerons plusieurs heures dans des conditions de confort plutôt spartiates ; à chaque petit caillou – ce qui est assez fréquent, n’est-ce pas, sur les routes non goudronnées – les vitres du bus s’ouvrent. Tu me diras, Journal, ça aère. Mais ça fait aussi et surtout rentrer dans le bus toute la poussière des routes de la région. A l’arrivée à Iruya, des dames et des enfants nous accueillent en nous sautant dessus pour nous proposer une chambre dans leur maison. On aurait tendance à choisir l’enfant le plus mignon, ce qui ne se fait pas. Au final, on se laissera embobiner par une petite dame qui nous proposera une chambre tout à fait correcte pour l’équivalent de 6€ la nuit… L’eau chaude n’est pas chaude et il n’y a pas de chasse d’eau. Mais on a un lit et de quoi se laver, on est contents. Nous y sommes d’ailleurs les seuls touristes alors qu’il y a plusieurs chambres, mais il faut dire que nous n’avons pas croisé d’autres « blancs » en visite, le bus était d’ailleurs quasiment vide.
Le village est absolument minuscule, la seule chose à faire est donc de se promener. Nous entamons une randonnée jusqu’à l’unique village voisin, San Isidro, où il n’y a précisément rien du tout. C’est à se demander comment font les gens qui y vivent. Je crois que la réponse, c’est qu’ils doivent emprunter le non-chemin de cette randonnée qui n’est pas facile-facile et revenir à Iruya où il y a une mini-superette avec des gâteaux et des stylos Bic. Pourquoi dis-je « non-chemin », Journal ? Parce qu’il faut en fait suivre la rivière et la traverser toutes les 5 minutes environ. Pourquoi faut-il la traverser, Journal ? Parce que sinon tu te retrouveras très vite coincé à un moment ou à un autre entre la montagne et une partie de la rivière trop profonde. Nous sommes à près de 3000 mètres d’altitude, je crache ces cigarettes que je ne fume pas et pense à tous les fumeurs de la planète. Comme à notre habitude, nous sommes partis, Cousin G. et moi avec seulement un fond d’eau dans une bouteille (sinon, c’est trop lourd), nous avons donc inévitablement très soif sur le chemin… Sache, Journal, que l’eau de la rivière était très bonne.
Après près de 5h de marche, nous rentrons dans un état proche de l’Ohio. Et après avoir mangé 2 empanadas trop gras et 1 litre et demi de Sprite non-light, nous fîmes un game over dans nos lits respectifs aux alentours de 21h. La jeunesse n’est plus ce qu’elle était.

La croix au sommet du village d'Iruya (Argentine)

La croix au sommet du village d’Iruya

Petite rue d'Iruya (Argentine)

Petite rue d’Iruya

Randonnée le long de la rivière d'Iruya à San Isidro (Argentine)

Randonnée le long de la rivière d’Iruya à San Isidro

En réalité, et alors que ce n’était pas du tout prévu comme cela, Iruya fut notre dernière étape en Argentine. Et quelle dernière étape ! Je crois que nous pouvons affirmer, Cousin G. et moi-même que ces 3 semaines ici furent absolument mémorables. Nous avons été super-actifs et vu un nombre de choses incroyables, rencontré des gens tout aussi incroyables. La culture est étonnante, si différente entre Iguazu, Buenos Aires et encore le NOA, je n’ose donc imaginer un voyage dans le pays entier. Le territoire est immense et les différences culturelles en son sein tout autant. En fait, en Argentine, il semblerait qu’il y ait plusieurs Argentines. Excités et gonflés à bloc, nous quittons l’incroyable village d’Iruya. Le bus nous emmènera tout droit à Humahuaca, un peu plus au nord. A la descente du bus, j’entends qu’un départ pour La Quiaca (la frontière bolivienne) est prévu dans 5 minutes. Sans trop réfléchir, on décide de le prendre et c’est ainsi que nous quitterons le sol argentin, d’une manière peu ordinaire, et avouons-le, la gorge un peu serrée…

To be continued…

Toutes les photos d'Argentine

Par Anne Sellès, le 7 mai 2013 (màj mars 2014)

4 Comments to "Argentine : Tucumán, Salta, Jujuy, escales dans le Nord-Ouest argentin"
  • C’est vraiment drôle, plus je lis tes articles, plus je vois qu’on a été au même endroit 🙂 J’ai adoré Tilcara, c’était tellement paisible et agréable !

    Hélène
    helenerocco.wordpress.com/portfolio/

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    • Hello Hélène ! Merci pour tes commentaires ! Ravie de voir qu’on a visité les mêmes coins à plusieurs reprises 🙂 Et tant mieux si parfois nous n’avons pas eu les mêmes ressentis (notamment en Inde), ça m’encourage à y retourner un jour. Merci encore et à bientôt.

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  • Ah, je vois que je n’ai pas été le seul à avoir eu un véritable coup de coeur pour Salta 🙂

    Ah oui Jujuy, à prononcer Rourouille, sinon attention aux fous rires des Argentins ^^

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