Argentine : d’Iguazu au NOA, en passant par Buenos Aires

Argentine : d’Iguazu au NOA, en passant par Buenos Aires

Cher Journal,

Comme je sais que tu n’es pas doté d’un cerveau (et oui, tu n’es qu’un cahier), je t’explique directos ce qu’est le NOA : le Nord-Ouest Argentin. Le NOA regroupe grossomodo les provinces de Salta, Jujuy, Tucumán, et Catamarca. Avec le Cousin G., on a fait les 3 premières. Mais je ne vais pas te raconter ça maintenant, Journal. Parce que là, il est surtout question des Chutes d’Iguazu, côté argentin cette fois-ci, et de Buenos Aires, capitale du pays.

Les chutes d’Iguazu côté argentin : j’ai encore plus envie de chouiner…

Et tu sais pourquoi, Journal ? Parce que si le côté brésilien donne un genre d’aperçu assez global de La Chose, le côté argentin, lui, c’est à chaque virage une nouvelle surprise, un nouveau point de vue, de nouveaux paysages. C’est aussi du côté argentin que tu peux approcher au plus près les chutes. On se retrouve plus ou moins au-dessus, on se dit bêtement que « si la passerelle lâche, on est dans la merde », on saisit la puissance incroyable de toute cette eau qui surgit d’on ne sait où et de ce flux qui ne s’arrête jamais (mais où sont les robinets ?). Honnêtement, je crois bien que je n’ai jamais vu un spectacle aussi beau de toute ma vie. Le parc est si grand que l’on n’a pas l’impression de se marcher dessus, et pourtant, il y en a, de l’allemand en chaussettes-sandales et du car d’argentins du 3ème âge. A quelques reprises, le Cousin G. et moi-même nous devons de pester un peu car les aménageurs du territoire du parc ont décider de créer des petits renfoncements pour laisser aux touristes le privilège de profiter du point de vue. Pour que tu comprennes, en gros, ça ressemble aux airs d’arrêt d’urgence sur les autoroutes. Sans le téléphone orange. Et c’est précisément là que s’entassent nos amis du Club de l’Âge d’Or porteño, pensant que SI ce petit renfoncement d’arrêt d’urgence pour prendre une photo existe, c’est qu’il FAUT s’y arrêter. Peu importe s’il y a déjà 58 autres personnes, poussons, poussons, les chutes pourraient subitement s’arrêter de chuter et nous aurions l’air bien benêts, sans la photo-souvenir.

Les Chutes d'Iguazu (Argentine)
Les Chutes d’Iguazu

On y passe la journée, on n’a plus envie de partir. Le parc est beau, il est bien tenu, la nature est incroyable. Les animaux aussi. On en découvre certains que l’on a jamais vus. Les bruits sont différents, ici. Ce sont des bruits de jungle, parfois inquiétants, et en fond, toujours ces chutes d’eau et leur puissance. Parfois, c’est un fond sonore étourdissant, ça me rappelle les Chutes du Niagara, les toutes premières vraies chutes impressionnantes que j’ai vues. C’était en 2012. Mais ici, le spectacle est plus intense, on est au coeur de cette nature si bien préservée. Pas de Casino ou de Starbucks « vue chutes ». A l’inverse des canadiens à Niagara, les argentins ont su utiliser « intelligemment » ce site incroyable. Journal, j’espère que ton papier n’est pas fait avec des arbres du Canada ?! Si tel est le cas, ne m’en veux pas. J’adore le Canada, les canadiens sont des gens très gentils, je veux juste dire que Niagara, voilà… Ca m’a déçue.

Oiseaux colorés aux Chutes d'Iguazu (Argentine)
Oiseaux colorés aux Chutes d’Iguazu

Papillon rouge et jaune aux Chutes d'Iguazu (Argentine)
Papillon rouge et jaune aux Chutes d’Iguazu

Buenos Aires et sa douceur de vivre

Après 18h de bus depuis Iguazu, nous atterrissons à la gare, située en plein centre de Buenos Aires. Notre hostel est déjà réservé parce que je suis un poil psychorigide et stressée. Après cette petite escapade nature, la perspective de me perdre dans une ville immense me traumatise un peu, j’assure donc mes arrières en réservant un dortoir douillet, dans lequel j’espère ne pas tomber sur un hippie-ronfleur sans vergogne, comme à São Paulo (de plus, il puait des pieds, mais passons). Nous arrivons donc à la gare, je demande à un vendeur de beignets quel métro nous devons prendre pour nous y rendre. Première surprise, je ne comprends rien à sa réponse. Il parle espagnol mais en même temps, j’ai l’impression qu’il ne parle pas espagnol. J’ai tout de même réussi à saisir qu’il fallait prendre le bus numéro 9, ce que l’on fera avant de se retrouver coincés, face à un chauffeur aussi antipathique que l’ancienne hôtesse de caisse du Monoprix de mon quartier. Il nous explique avec un accent argentin terrifiant qu’on ne peut payer qu’en pièces notre ticket, or, nous n’avons que des billets. Un jeune passera son badge pour nous et nous sauveras ainsi la mise, merci monsieur, vous êtes particulièrement aimable. L’hostel est gigantesque, tout est neuf, très bien organisé. On est dans l’international cette fois-ci, attention. On oublie les locaux sympas, les arrangements à l’amiable, ici, l’hostel est une machine de guerre, le ménage est fait tous les matins, le petit déj’ propose même des oeufs, du bacon, des céréales et des tartines pour plaire au plus grand nombre. Et tout le monde parle anglais. Ca, ça m’agace beaucoup. Tu le sais, Journal, que je n’aime pas l’anglais et encore moins dans les pays où ce n’est pas la langue officielle. On fuit donc à l’heure de l’apéro, direction le quartier de Puerto Madero. Le soleil ne va pas tarder à se coucher et il se reflète dans les vitres des buildings. Les gens sortent du boulot, il y a des chaînes américaines de restos et repères à after works le long des quais, comme T.G.I. Friday’s, qui se remplissent pour accueillir les amateurs d’happy hour, concept visiblement très international.

Puerto Madero, Buenos Aires (Argentine)
Puerto Madero, Buenos Aires

Plaza de Mayo, Buenos Aires (Argentine)
Plaza de Mayo, Buenos Aires

Rue de San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Rue de San Telmo, Buenos Aires

Comme à São Paulo, on fait une visite guidée de la ville, mais cette fois-ci, c’est avouons-le, vraiment très naze. La nana (très charmante au demeurant) a du mal à répondre aux questions, même les plus basiques, et s’emmêle les pinceaux avec l’histoire. On aura quand même le temps d’apercevoir le Centro, sa Plaza de Mayo, son avenue censée rappeler les Champs Elysées (mais niveau proportions, ce n’est pas tout à fait ça) ; on découvre un centre très européen, des monuments « copiés » de Paris ou de Madrid, une architecture qui nous est familière. On observe, silencieux. Puis, notre guidette nous emmène visiter un musée dédié au Général Perón et à sa femme Evita. Pour être honnête, j’étais dubitative à l’annonce de la visite du musée, et au final j’ai quand même appris plein de choses. Ca éclaire pas mal sur l’histoire de l’Argentine que je connaissais très mal. Que je ne connaissais pas DU TOUT pour dire vrai, mais j’ai peur que tu me juges, Journal. Le guide du musée, un monsieur âgé, se mettra à pleurer en abordant la mort d’Evita, décédée à 33 ans d’un cancer du col de l’utérus. Difficile de savoir s’il fait sa crise de larmes de façon automatique à chaque groupe de visiteurs, ou si réellement, en repensant à ces événements, ce monsieur est tristement inconsolable. Je crois qu’à ce moment-là, on s’est tous regardés en se demandant si c’était du lard ou du cochon. Mais ça me semblait bien être du lard. Quoi qu’il en soit, Evita avait fait un nombre de choses absolument incroyable avant ses 33 ans, ce qui nous mit la pression, au Cousin G. et à moi-même. Moi à 27 ans, j’ai rien fait de fou, il faut que je m’y attèle, Journal.
Après toutes ces émotions, on se laissera tenter par un petit apéro dans le quartier de notre hostel, San Telmo, qui nous plaît plutôt bien. Ce ne sont pas les offres « 1L de bière + tapas pour 2 personnes » qui manquent dans le quartier. On est bien. Même si je sens que là aussi tu me juges un peu, Journal, car on fait beaucoup l’apéro, c’est un fait.

Quartier de San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Quartier de San Telmo, Buenos Aires

Epicerie dans San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Epicerie dans San Telmo, Buenos Aires

Porteños qui discutent à la Feria de San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Porteños qui discutent à la Feria de San Telmo, Buenos Aires

Dans ce même quartier, se tient tous les dimanches un marché immense, la Feria de San Telmo. Après enquête, j’apprends qu’historiquement, San Telmo était le quartier bourgeois de Buenos Aires, mais que suite à une épidémie de fièvre jaune en 1870 (oui je suis allée checker la date sur Internet, elle m’avait échappée), les riches porteños désertent leurs belles maisons d’inspiration haussmanienne et s’installent un peu plus loin, ce qui créera l’actuel quartier de Recoleta aux désormais allures de XVIème arrondissement parisien. San Telmo devient alors un quartier que l’on évite, il sombre dans la misère et l’abandon, jusqu’aux années 1960 puisque des artistes commencent à y revenir pour y installer leurs ateliers. Un architecte, avec le soutien de la municipalité, décide d’y créer un marché sur la Plaza Dorrego. Plus de 50 ans plus tard, le marché a envahi tout le quartier et tous les dimanches, c’est LE rendez-vous à Buenos Aires. En plus des stands de nourriture et d’artisans en tous genres, on y croise des musiciens et des danseurs à tous les coins de rues. Sans conteste, ce fut l’un des moments que j’ai préféré à Buenos Aires. Les gens sont tellement détendus, il y a de la musique partout, on trouve des choses absolument improbables à acheter, on découvre des petits créateurs, tout le monde boit son maté tranquillou, assis parterre. Bon et puis ça joue forcément, il faisait un temps radieux, et des températures parfaites.
D’ailleurs, c’est à la Feria de San Telmo que je rencontre Clément, un français installé à Buenos Aires depuis quelques années. Il vient rendre visite à Adelaïde, une autre française qui vend ses créations tous les dimanches à San Telmo. Rendez-vous pris avec Clément pour ma première interview de français en Argentine !

Guitariste à la Feria de San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Guitariste à la Feria de San Telmo, Buenos Aires

Bouteilles en vente pendant la Feria de San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Bouteilles en vente pendant la Feria de San Telmo, Buenos Aires

Danseur et musiciens durant la Feria de San Telmo, Buenos Aires (Argentine)
Danseur et musiciens durant la Feria de San Telmo, Buenos Aires

Dans la continuité, on rencontre aussi Olivia, qui nous emmènera déjeuner un risotto incroyable dans l’un de ses lieux fétiches, l’Abuela Pan à San Telmo, où nous feront une interview sous les yeux un peu ébahis des habitués. Puis, plus tard, rendez-vous avec Inès, une franco-marocaine installée désormais à Buenos Aires, que nous rejoignons dans un coin de San Telmo bien moins touristique pour boire un petit smoothie bien frais dans une de ses adresses plutôt branchouilles, le Hierbabuena. D’ailleurs, en arrivant sur les lieux, Inès m’a demandé si « j’avais traversé le quartier avec mon appareil photo, à la main, comme ça ? » « Euh, oui, pourquoi ? ». Il paraît que je suis inconsciente, qu’ici, c’est pas le San Telmo de la Feria, qu’il faut faire gaffe, et que ce n’est vraiment pas recommandé de traîner par ici la nuit. Forcément, en repartant, mon cerveau se créé tout seul une psychose machiavélique, me voyant déjà à moitié dépouillée et laissée pour morte dans un caniveau. Rien de tout cela ne se passa, évidemment.
Et que serait une visite de Buenos Aires, sans passer par le célèbre quartier de La Boca ? Tu sais, Journal, ses petites maisons colorées que l’on voit sur les cartes postales ? Bon. C’était histoire d’y faire 4 photos, parce que concrètement, il n’y a qu’une mini-partie où les touristes sont les bienvenus. Les rues adjacentes, il paraît qu’il vaut mieux les éviter si on ne veut pas se faire embêter. On ne prendra pas le risque d’aller vérifier par nous-même, on achètera 3 cartes postales et on reprendra le bus dans l’autre sens, après avoir fait les fonds de poche pour trouver nos dernières pièces de monnaie. Parce qu’avoir de la monnaie en Argentine, c’est toute une histoire, on l’aura bien compris. Direction Palermo pour une visite de ce quartier qu’il fallait soi-disant « absolument voir ». Etant donné que c’est le quartier de la fête, je pense qu’il était préférable de le voir le soir, plutôt qu’en plein après-midi. Mais comme j’aime bien ne pas faire comme tout le monde, c’est au milieu des bars et des boîtes fermés que nous nous promènerons, nous notifiant cependant à nous-même qu’à Palermo, on trouve pas mal de petites boutiques mignonnes, mais où la moindre chose a l’air de coûter la moitié d’un salaire argentin. Nous filons chez Laurie, dernière française à interviewer de Buenos Aires ! Elle nous fait boire notre premier maté, cette boisson typiquement argentine qui se boit dans une sorte de calebasse avec une paille en fer et qui tourne entre les personnes présentes. Parce que le maté, ça se partage. Pour notre première fois avec Cousin G., on trouve le goût un peu particulier. Mais Laurie nous ajoute un peu de sucre, à nous, pauvres débutants. Nous continuons notre route jusqu’au jardin botanique et au jardin japonais. Le jardin japonais est assez impressionnant, petite enclave verte et zen au milieu du bordel alentour. On y reste un bon moment histoire de rentabiliser le prix de l’entrée – pas donnée – avant de traverser le fameux XVIème arrondissement dont je te parlais juste avant (Recoleta), et de rentrer en métro jusqu’à San Telmo. A noter que le métro à l’heure de pointe, c’est une abomination. La Ligne 13 à Paris à côté, c’est de la rigolade, de la gnognote, du pipi de chat. La Ligne 13 à côté, c’est le tramway de Dijon un dimanche matin à 8h30.

Le Jardin Japonais de Buenos Aires (Argentine)
Le Jardin Japonais de Buenos Aires

L'avenida Alcorta dans le quartier de Recoleta, Buenos Aires (Argentine)
L’avenida Alcorta dans le quartier de Recoleta, Buenos Aires

Le lendemain, nous refaisons nos sacs, direction la fameuse région du NOA dont je te parlais au début. Pour rejoindre notre première étape, San Miguel de Tucumán, ce sera 18h de bus et la certitude que l’on va vraiment changer de décor et l’espérance secrète de commencer à comprendre ce diabolique accent argentin.

To be continued…

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Par Anne Sellès, le 23 avril 2013 (màj mars 2014)

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